Radio Nord ne répond plus…

Deux radios pirates commerciales offshore lancées en Scandinavie à la fin des années 1950 et au début des années 1960 ont largement contribué à changer de manière radicale le paysage audiovisuel d’Europe du Nord.

Radio Nord Radio Mercur, station danoise qui émettait en FM depuis un navire dans le détroit du Sund entre le Danemark et le sud de la Suède et surtout Radio Nord, station suédoise pirate lancée par l’homme d’affaires finno-suédois Jack Kotschack sur le modèle de la station américaine KLIF de Dallas aux États-Unis du légendaire Gordon McLendon.

Radio Nord émettra du 8 mars 1961 au 30 juin 1962, en ondes moyennes depuis un cargo battant pavillon nicaraguayen, le Bon Jour ancré dans les eaux internationales de la Baltique juste à la sortie de l’archipel de Stockholm. Navire qui servira plus tard de base émettrice à la célèbre Radio Caroline britannique. 16 mois d’existence durant lesquels les Suédois découvriront, outre une autre manière de faire de la radio, une culture américaine à laquelle la jeunesse adhérera immédiatement et totalement.

Le projet a connu une opposition massive à l’époque : de la part de la presse qui ne voulait pas partager le gâteau de la publicité ; des agences de presse qui voulaient garder la main mise sur l’information ; de la radio qui défendait bec et ongle son monopole ; de la SACEM locale qui n’y trouvait pas son compte et enfin des politiques qui voyaient derrière tout cela, une manœuvre de déstabilisation du royaume en temps de guerre froide sur fond de démocratie menacée, pas moins !

L’objectif de ces stations pirates de casser le monopole des radios publiques des royaumes scandinaves et d’introduire la publicité ne réussira pas, cependant, un mois à peine après le début de l’aventure, la radio d’État suédoise étendait ses programmes en créant deux nouvelles radio dont une, P3, plus populaire destinée à une plus large audience, un peu à l’image des émissions proposées par Radio Nord. Radio Nord se sabordera avant qu’une loi ne la contraigne au silence. La piraterie des ondes avait vécu, l’esprit de fronde y a survécu.