Une vérité qui dérange les meubles !

Sanningen om IKEA, Éditions ICA bokförlag

IKEA logoIKEA est un empire totalement contrôlé par la famille Kamprad. La souveraineté du sérail ne peut être remise en cause par quiconque en dehors du cercle gouvernant. Johan Stenebo, auteur de Sanningen om IKEA (la vérité sur IKEA) a travaillé pendant vingt ans dans la haute sphère du Groupe (assistant de Ingvar Kamprad) avant d’être remercié pour ses bons et loyaux (!) services par l’un des fils du patron, Peter Kamprad.

Sa vérité sur IKEA n’apporte pas de révélations que les media ne connaissaient ou ne subodoraient déjà. Alors, règlement de comptes (et soldes d’iceux) ou démarche citoyenne désintéressée pour faire jaillir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité sur l’empiricité d’IKEA sur l’ameublement ?
Les vérités en tout cas d’un homme froissé, frustré de n’avoir pu pénétrer les arcanes de la direction IKEA, d’avoir contribué à l’enrichissement indécent de la fratrie Kamprad pour, finalement, avoir été laissé de côté. Un livre à la fois trop perso et pas assez osé (il en sait visiblement plus qu’il ne veut en dire. Redoute-t-il les foudres du clan Kamprad sous forme de dépôt de plainte ? Courageux mais pas téméraire !)

Ikea_livreLa photo de couverture est à cet égard révélatrice du caractère sélectif des vérités révélées. Le visage de Johan Stenebo s’affiche, planqué derrière des lunettes de soleil dont les verres reflètent l’enseigne d’IKEA. Bonjour l’endoctrinement et la transparence !
Un livre chargé d’interminables longueurs dans l’énuméré des actions des uns et des autres de la sphère directionnelle, intéressant pour les initiés IKEAistes, pénible pour le lecteur lambda. L’admiration/mépris que l’auteur porte au fondateur d’IKEA sourd à chaque page. Ce rapport amour/haine dominant a nettement tendance à éradiquer le reste.

L’homme

Éloge à Ingvar Kamprad, légende vivante (!) et retour sur son passé nazillon, son soi-disant alcoolisme, sa dyslexie, sa pingrerie, bref, les ragots qui traînent à longueur de colonnes dans la presse. Un mélange d’admiration sans bornes et d’envie, comme seuls les Suédois savent être envieux. Johan Stenebo est subjugué par le paradoxe Kamprad, sa tortueuse pensée et sa diarrhée verbale lénifiante ; il est carrément bluffé par le vieux lion du meuble en kit emballé à plat et sa stratégie au ras des pâquerettes, sa conceptualisation, ses bonnes pratiques commerciales et son esprit manipulateur ! Il enrage de son hypocrisie et supporte difficilement qu’un seul homme dirige l’empire. Long descriptif du job d’acheteur, des us du prince avec ses subordonnés. « Mon intention n’est pas d’enfoncer mon ex employeur. IKEA est une entreprise géniale. Le problème avec les entreprises qui se cachent derrière une façade, c’est quelle refusent farouchement la transparence, elles ne veulent pas que l’on fourre le nez dans leurs affaires ! » La relation privilégiée d’Ingvar Kamprad avec la Pologne (une histoire de prêt) en est un exemple flagrant.
Au chapitre de l’avarice légendaire d’Ingar Kamprad, Johan Stenebo est dithyrambique. On apprend que l’avare possède un vignoble en France, qu’il vend le vin de sa récolte dans ses magasins (sûrement pas en Suède !). Un vin qui, paraît-il, est une vraie piquette? L’image du grippe-sou patenté bourré de bonnes intentions est omniprésente. Un hypocrite de première qui s’enrichit de manière insolente en se planquant derrière le caractère messianique de son enfant IKEA. Mais que veut-il faire de son argent qui dépasse le PIB de biens des pays, se demande l’auteur? Où sont passés les monstrueux bénéfices accumulés depuis des décennies ? Le besoin de contrôle de cet homme est sans borne, déplore Johan Stenebo ! Et le travail des enfants ? Jamais la faute d’IKEA. « Mieux vaut qu’ils (les enfants) travaillent plutôt que de se prostituer ! » aurait dit le grigou.
Ingvar Kamprad aurait l’humour cynique. Suit à cette affirmation, une ribambelle d’exemples tous plus tristes les uns que les autres. De deux choses l’une : ou le patron d’IKEA n’a pas d’humour, ou Johan Stenebo ne sait pas raconter les histoires qui supposent faire rire ! Bon nombre de pages sont également consacrées à la misogynie larvée du patron… Vue de l’extérieur, la parité est respectée, en interne, on ne chausse pas les mêmes lunettes.

L’entreprise

150 000 collaborateurs alimentent la machine IKEA. Le gigantisme à l’état pur. La stratégie du meilleur marché de qualité. Johan Stenebo survole ses vingt ans de boîte et les actions commerciales et autres qui y ont été menées. Le népotisme ambiant. Un vrai catalogue IKEA de la critique interne. La logistique, le syndrome du grand magasin incontournable, la stratégie de ventes, l’abcédaire du bon vendeur, comment ferrer le client par le biais du catalogue… Le montage complexe et opaque de la sphère IKEA, Holding par-ci, Groupes par-là, fondations là-bas, l’argent se balade entre la Suisse, le Luxembourg, les Pays-Bas, les Antilles néerlandaises, Curaçao, la Caraïbe… La complexité des montages financiers et l’imbrication des filiales et sociétés sœurs IKEA. Nombreux ont essayé de s’y retrouver, tous se sont cassé les crocs ! Le maquignonnage avec les ONG… Une entreprise championne du lâcher de CO2 qui se cache derrière des bonnes intentions et un parler creux !

La forêt

C’est l’arbre qui la cache. IKEA consomme quelque 200 millions d’arbres par an ! L’entreprise double sa taille et son besoin en pins et sapins tous les quatre ans ! Les tribulations de l’achat de la forêt sibérienne, des cours du bois dans les pays de l’est, de l’incidence sur toute la chaîne de valeurs sont révélateurs des méthodes « commerciales » d’IKEA. Johan Stenebo passe en revue les mauvaises affaires en Russie, et les bonnes ailleurs, notamment en Chine pour l’achat de bois vendu au noir…

Les fournisseurs

1 400 entreprises dans 70 pays. Critique acerbe des acheteurs, de l’encadrement suédois à l’étranger et de leur niveau déplorable de langue ! Spécialement du pidgin english laborieux utilisé ! La règle dominante : bénéfices à tous les échelons : achats, distribution, développement produit et ventes en magasins. Des fournisseurs heureux et dociles adorant travailler pour la gloire pour le géant IKEA !

La culture IKEA

Johan Stenebo revient inlassablement sur la métamorphose du patron ; de l’entrepreneur coincé au prosélyte publiant Les neuf commandements du testament d’un marchand de meubles ; de la vente par correspondance de petits objets au mobilier en emballages plats ; de la stratégie des voyages (classe touriste, double apex) ; des portables imposés ; de la fierté de l’appartenance au Groupe ; de la persuasion de la supériorité de la culture IKE ; de l’espionite boutiquière de la haute direction ; de la langue de travail : anglais, ânonné par les cadres ; du savant flou de la hiérarchie : de l’appétence du pouvoir en interne. Presser les fournisseurs un max, tasser les salaires de ses employés, apparaître à limite de l’indigence, une jouissance pour Ingvar Kamprad. Par surcroît, il ne veut pas entendre parler d’impôts ! Entreprise Teflon où rien n’attache et surtout pas la critique !

L’avenir de l’entreprise

Il est, selon Johan Stenebo, des plus incertains avec les trois fistons en embuscade, Peter, Jonas et Mathias. Ce sera tout, sauf simple, de travailler avec trois lascars qui cadenassent et contrôlent tout ! Aucun, aux yeux de l’auteur, n’est capable de diriger l’empire IKEA, d’autant que le vieil harpagon omniprésent ne croit pas lui même en ses fils. Suit à ces assertions, un portrait au kärcher des héritiers de la couronne.
La carrière de Johan Stenebo se résume en gros à des postes de responsabilité chez McDonald et IKEA
En 20 ans, le personnel employé par le roi de l’aménagement intérieur est passé en 1988 (date de l’embauche de l’auteur) de 30 000 à 150 000 aujourd’hui pour un CA de 25 milliards d’euros ! D’avoir été partie prenante de ce grand bon en avant flatte naturellement l’ego de l’auteur qui regrette amèrement le manque de communication, l’opacité du système IKEA. Loin d’en prendre son parti, il met cela entièrement sur le compte de celui qui le fascine et regrette que la sénilité qui le guette risque à terme de faire capoter cette entreprise néanmoins géniale. JPP

Une réflexion au sujet de “Une vérité qui dérange les meubles !

  1. patrick bronner

    Alors, on ne sait pas vraiment : Langue de bois ou pas ce Johan Stenebo sur le roi des paquets d’arbres…??