Norvège, terre de jazz

La scène jazz norvégienne attire les connaisseurs et la reconnaissance internationale dont béneficient ses musiciens et interprètes a consacré depuis de nombreuses années son statut de « terre de jazz ». Musique des mélanges, de la tradition et de l’innovation constante, le jazz s’invite sous toutes les latitudes et s’enrichit de tous les métissages. La Norvège n’a pas fait exception à la règle créant un jazz viscéralement différent de ses cousins européen, africain ou américain, parce que profondément lié à la musique traditionnelle et à la terre. Le Francofil’ s’est penché sur cette histoire musicale.

Les pionniers du jazz en Norvège
Chaud, mélodieux aussi bien qu’assonnal, comme partout en Europe, le jazz arrive en Norvège dès les années 1920. Les premiers vinyles révèlent une toute nouvelle harmonie, de nouveaux rythmes  mais aussi une musique où la liberté et l’expression personnelle (la fameuse improvisation) priment sur la partition. Les premiers groupes locaux se forment : Sixpence Jazzband, Robert Normann, Funny Boys et Freddie Valiers String Swing. La seconde Guerre Mondiale porte un coup d’arrêt à l’expansion du jazz en Norvège. Les Allemands occupent le pays et interdisent la possession et la diffusion, tant dans les clubs que chez les particuliers, de toute musique en langue anglaise. L’après-guerre, malgré la levée de l’interdiction, reste une période pauvre en jazz car les difficultés financières du pays ne permettent pas la création d’albums norvégiens et encore moins l’importation de nouvelles musiques. Peu à peu, le jazz reprend malgré tout vie en Norvège et de nouveaux clubs de jazz commencent à fleurir. Les années 1950 marquent résolument le renouveau de la scène jazz norvégienne dont l’orchestre de Kjell Karlsen et du Big Chief Jazz Band, un des plus anciens groupe de jazz au monde, reste le vibrant symbole.

Le jazz norvégien
Dans les années 1960, le jazz est tellement populaire en Norvège que se développe un « jazz norvégien » qui se démarque des versions américaines. Le jazz norvégien, profondément lié à la musique traditionnelle et à la terre, est imagé. Il s’applique à reproduire les sons de la nature nordique et lorsque les trompettes pleurent c’est pour faire entendre les fjords et les montagnes, la neige qui tombe, les glaciers qui craquent. A cette époque se déroulent  les premiers concerts d’artistes norvégiens à l’étranger à l’instar de  Karin Krog qui connaît, aux Etats-Unis, un succès inattendu. A cette même époque également, le saxophoniste virtuose Jan Garbarek crée son quartet. Avec le guitariste Terje Rypdal, le bassiste Arild Andersen et le batteur Jon Christenen, il incarne le jazz norvégien des années 1970-1980. Inspiré par le pianiste et compositeur George Russel, Garbarek développe une esthétique privilégiant la mélodie et la sensibilité ainsi que le mélange avec les musiques du monde. Jan Garbarek est aujourd’hui reconnu comme une figure incontournable du jazz international.

Un nouveau tournant est pris lorsqu’en 1980, le Conservatoire de Musique de Trondheim ouvre la première classe d’études de jazz : le jazz s’institutionnalise en Norvège. Le cursus de jazz de l’Université de Trondheim a notamment permis à la Norvège d’accéder à sa position actuelle de leader dans le domaine de la formation en jazz. Présent dans les lycées, dans les universités, dans les grandes écoles et dans les conservatoires de musique, le jazz norvégien a acquis une réputation certaine tout en devenant l’un des plus novateurs d’Europe. De nombreux artistes norvégiens mondialement connus sont issus de ces formations, comme les trompettistes Nils Petter Molvær et Arve Henriksen, la chanteuse Kristin Asbjornsen ou encore le pianiste Tord Gustavsen.
A l’heure actuelle, des musiciens tels que Trygve Seim, Pål Nilssen-Love et Håkon Kornstad, et des ensembles comme Atomic, Wibutee et Jaga Jazzist font tous partie de l’élite internationale du jazz.

La scène jazz de Norvège doit beaucoup de sa force et de sa vitalité à la Fédération du jazz norvégien (Norsk Jazzforum). Fondée en 1953, l’association a pour but d’ouvrir le jazz au public le plus large possible et cela par des actions culturelles et éducatives. L’association redistribue les fonds publics qu’elle collecte, et contribue au financement de quelque 20 festivals de jazz à travers le pays, 65 clubs de jazz, 70 big bands, 400 musiciens professionnels et 80 étudiants en Norvège. Grâce à la volonté et au travail du Norsk Jazzforum, une scène nationale réservée au jazz a finalement été créé par le gouvernement, en 2006. Cette salle, la Nasjonal jazzscene située sur Karl Johansgate, présente au monde entier ce que la Norvège fait de mieux dans le domaine du jazz.