Le fabuleux destin de Jean-Baptiste Bernadotte : de lieutenant à Maréchal d’Empire

Le 21 août 1810, le Palois Jean-Baptiste Bernadotte était élu roi de Suède. Le 28 septembre 2010, la princesse héritière Victoria de Suède, nouvellement mariée, se rendra à Pau, dans le cadre des festivités du bicentenaire de l’accession au trône de son aïeul.

Voilà donc deux siècles que le Palois Jean-Baptiste Bernadotte a été élu Prince héritier du Royaume de Suède à la suite d’un étonnant concours de circonstances. Si rien ne prédestinait ce cadet de Gascogne à atteindre un tel rang, la Révolution et l’Empire en décidèrent autrement.

Sébastien HORION, diplômé d’Histoire et spécialiste de la maison Bernadotte nous raconte en 4 volets la saga du Béarnais Jean-Baptiste et de la Marseillaise Désirée, ce futur couple royal de Suède qui n’aspirait pas dans sa jeunesse à de hautes responsabilités mais qui appartenait à cette génération, Révolution et guerre aidant, se retrouva propulsée à des charges inattendues et se lia pour atteindre les sommets du pouvoir.

Dans ce deuxième volet, il nous raconte donc l’accession de Bernadotte à la noblesse impériale.

Jean-Baptiste Bernadotte

De lieutenant à Maréchal d’Empire (1791-1804)

Bernadotte accéda au grade d’adjudant le 7 février 1790 grâce à ses mérites au sein de l’armée ; mais il faut noter que par la suite, c’est la Révolution qui favorisa son ascension vers les plus hauts grades. Adjudant-major du régiment qui opérait en Allemagne le 30 septembre 1792, il fut élu capitaine l’année suivante (par dix voix sur onze), puis chef de bataillon, grade confirmé et effectif le 8 février 1794.

Dans le Nord, il commanda la 71e demi-brigade (3 000 hommes), puis passant à l’armée du Rhin, il fut remarqué et protégé par celui qui fut son mentor : le général Kléber. Ce dernier sut le pousser à accepter des postes plus en vue alors que Bernadotte rechignait devant l’avancement. L’époque était trouble et les têtes tombaient facilement, aussi souhaitait-il se tenir loin de la politique pour ne s’occuper que de questions militaires. Ainsi, Bernadotte avança avec circonspection d’où une incertitude qui demeure quant à ses opinions politiques : républicains pour certains, royalistes pour d’autres.
Néanmoins, ses victoires telles qu’à la bataille de Fleurus lui valurent son brevet de général de brigade (29 juin 1794) puis après de nouvelles actions d’éclat au siège de Maastricht il fut nommé général de division. À partir de ce statut, son appartenance à l’armée lui permit d’accumuler des connaissances et de développer des réseaux.

Parmi ces appuis importants, on peut citer le général Ney rencontré en Hollande dès 1794, ou le futur beau-frère de Bonaparte, Murat, qu’il côtoya lors de la campagne d’Italie en 1797. Car le Directoire était de plus en plus sous la dépendance de l’armée, devenue un acteur politique à part entière. Le coup d’état du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) fut l’incarnation de ce nouveau rapport de force. Cette suprématie le plaça désormais au cœur de la scène publique et fit de lui un homme à courtiser. Ainsi Mme Récamier ou Mme de Staël le reçurent régulièrement dans leurs salons où d’importantes relations se nouaient.

C’est durant cette période que Bernadotte dut se livrer à un subtil jeu d’équilibre entre le Directoire, centre de la vie politique, et Bonaparte, centre du pouvoir militaire, évitant leur union contre lui. Mais peu à peu le Gascon vit ses relations avec le général en chef se dégrader. Le Directoire cherchait alors à diviser les généraux et considérait Bernadotte comme le seul rival d’envergure face à Bonaparte. Ainsi fut-il nommé commandant en chef de l’armée d’Italie afin de contrebalancer l’ascension et les ambitions du « petit général. » Cependant ce dernier intervint et le fit envoyer en ambassade à Vienne au début de l’année 1798. Cet éloignement lui permit de marquer son autonomie et de développer ses talents d’administrateur. C’est à ce moment là qu’il rencontra Joseph Bonaparte alors membre du Conseil des Cinq-cents, l’Assemblée législative sous le Directoire.

Ce dernier rêvait d’un grand destin politique, soit comme double civil de son frère, soit comme son remplaçant, si par malheur il s’enlisait en Égypte. Aussi voyait-il en Bernadotte un général brillant dont l’amitié et le soutien serait utile le temps venu. La gentille petite belle-sœur qu’il tenait en réserve, Désirée, cimenterait cette alliance, et le principal rival de Bonaparte serait ainsi neutralisé. Rappelons que Joseph était l’époux de Julie Clary, ce mariage faisait donc de Bernadotte un membre du clan Bonaparte ! Un excellent parti s’offrait donc à lui, une jolie jeune fille riche, toujours renseignée sur tout et Ad vitam aeternam dans le cœur de Napoléon. Aussi l’affaire fut-elle rondement menée puisque le mariage eut lieu quinze jours après leur première rencontre. Le 17 août 1798, à 7 heures du soir, le citoyen Etienne Bouvet, agent municipal de Sceaux, au sud de Paris, unissait donc le général de division Jean-Baptiste Bernadotte et Bernardine Eugénie Désirée Clary.

La naissance de leur unique enfant, Oscar, le 6 juillet de l’année suivante fut un évènement déterminant dans l’avenir des Bernadotte. En effet, l’élection au trône de Suède dix ans plus tard fut notamment motivée par l’existence même d’une descendance masculine. À la naissance de ce fils s’ajouta le ministère de la Guerre où il fut apprécié pour son ardeur et son activité. Puis le retour de Bonaparte à Paris fut l’occasion de retrouvailles forcées mais voulues par Désirée. Ensuite Bernadotte dut approuver à contrecœur le coup d’état du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) qui mit fin au Directoire pour laisser place au Consulat. Dès lors, Bernadotte dut accepter et refuser différents postes au gré de son entente avec le Premier consul. A la tête de l’armée de l’ouest en 1800, Bernadotte dut apprendre avec dépit la victoire de Marengo. Il fut aussi impliqué dans plusieurs complots contre « son beau-frère de frère », selon l’expression utilisée par le Corse.

Devenu consul à vie en 1802 puis empereur des Français le 18 mai 1804, Napoléon continua de se méfier du Gascon, mais écrit à plusieurs reprises dans ses Mémoires, avoir eu de l’indulgence pour Bernadotte à cause de son épouse. Il y a fort à penser que cette union lui valut son bâton de Maréchal dès la proclamation de l’Empire. Par conséquent, Bernadotte arriva aux plus hauts échelons de la noblesse impériale en dépit de sa sourde hostilité au régime et de son absence aux heures des grandes victoires. Ce jeu de dupes fut d’ailleurs le sujet du film de Sacha Guitry, Le destin fabuleux de Désirée Clary tourné en 1942.

S’il devint prince héréditaire de Suède, ce ne fut donc pas grâce au bon vouloir de Napoléon comme on peut le lire encore dans de nombreux ouvrages. Mais ce peut être entre autres grâce au titre prestigieux auquel son alliance avec Désirée Clary lui a permis d’accéder : la noblesse impériale.
Nous verrons dans le prochain volet quelles furent les autres raisons de l’élection suédoise.

Lire le 1er volet ici : http://www.lefrancofil.com/suede/actus-suedoises/le-fabuleux-destin-de-jean-baptiste-bernadotte/

3 reflexions sur “Le fabuleux destin de Jean-Baptiste Bernadotte : de lieutenant à Maréchal d’Empire

  1. Daniel DRAY Auteur de l'article

    « Peut-on expliquer pourquoi et comment Bernadotte maréchal d’Empire a pu attirer la sympathie des Suédois, au point de devenir (presque par accident) roi de Suède ? Hasard, circonstances certainement, mais ça ne suffit pas à expliquer ce parcourt. Dont le moindre paradoxe n’est pas d’avoir contraint la Cour de Suède et les administrations des deux royaumes de Suède et de Norvège à utiliser la langue française ! »
    Lire ici par PEYO sur Alternatives Paloises :
    http://www.alternatives-paloises.com/article.php3?id_article=4152

  2. LEVY Jean-Pierre

    Jean-Baptiste Bernadotte a commencé sa carrière militaire au Royal Marine comme simple soldat,voyageant un peu partout en France ,notamment à Rochefort,à Marseille où il aurait été hébergé dans la famille de Désirée Clary,en Corse à Bastia où il aurait accosté la mère de Napoléon,Laetitia,à Grenoble,jusqu´à Haïti,alors une colonie francaise.
    N´étant pas issu de la noblesse sous l´ancien régime,il ne pouvait être officier et ce n´est qu´avec la révolution qu´il obtiendra son premier grade d´officier,de lieutenant, et par la suite,montrant un certain courage,il obtiendra d´autres grades jusqu´à celui de maréchal décerné pa par Napoléon qui ne le considérait pas énormément.
    C´est sa femme Désirée dont la soeur aînée Julie était mariée au frère aîné de Napoléon,Joseph,qui essaya de garder la bonne entente entre lui et Napoléon.

    Pour ce qui est de savoir pourquoi les Suédois se sont intéressés à sa personne,cela commence en Allemagne du Nord.
    C´est en effet à Lübeck que Bernadotte vers 1809 rencontra pour la 1 ère fois des Suédois qu´il fit prisonnier,des Suédois qui étaient au côté du général prussien Blücher,qui vaincra Napoléon à Waterloo,plus tard en juin 1815.
    Ayant bien accueilli ces prisonniers suédois,parmi lesquels se trouvait l´oncle du lieutenant Mörner,son neuveux,ce dernier n´oublia pas le geste et c´est ainsi qu´il prit les devants pour trouver un nouvel héritier á la couronne de Suède en allant voir Bernadotte à Paris et en retournant en Suède ,à Örebro pour qu´il soit un des prétendants à la couronne de Suède.