Le trésor englouti des îles Åland

En juillet de cette année, des plongeurs finlandais s’exerçant non loin des côtes des îles Åland firent une découverte pour le moins fascinante : une épave, vieille de presque deux siècles gisait là, au cœur de la Baltique, oubliée de tous ; à son bord, un trésor œnologique d’une valeur inestimable : 168 bouteilles de champagne datant du début du XIXème siècle, la plupart encore intactes et propres à la consommation.

Cette impressionnante trouvaille a immédiatement suscité l’enthousiasme et la curiosité des amateurs de vieux vins à travers le monde, l’histoire arrivant même à être couverte par la prestigieuse BBC. Les intéressés eurent malgré tout à patienter jusqu’au milieu du mois dernier pour assister enfin à une présentation publique des bouteilles; celle-ci, chaperonnée par les plus grands experts en champagne de la planète fut couronnée par une dégustation publique où les experts débâtirent du goût des alcools incriminés.

Bien évidement, nombreux sont ceux, qui dans un scepticisme bien compréhensible, se mirent à douter que l’alcool qui datait vraisemblablement du règne de Charles X (Cela nous ramène à loin), puisse encore avoir un quelconque attrait. Les goûteurs, quand à eux, ne prêtèrent pas attention à ces oiseaux de mauvais augure et savourèrent solennellement la consommation de ce qui pourrait être le plus vieux champagne du monde. Parmi les 11 bouteilles ouvertes à cette occasion, les heureux élus eurent le choix entre une Veuve Clicquot (Maison encore en activité après 238 années d’existence) et une Juglar (dont les dernières productions datent tout de même de 1829) pour émoustiller leurs papilles.

Comme à l’accoutumée pour pareilles séances d’œnologie, les experts eurent recours à de bien fleuris termes pour décrire le goût de ces champagnes qui, s’ils ne pétillaient plus beaucoup, semblent encore posséder des richesses gustatives certaines… Selon certains goûteurs, on pourrait discerner un zeste de chanterelles, café, tilleul, miel, orange, fleurs et pêche dans ce breuvage. D’autres, probablement moins impressionnés par le pédigrée de la bête invoquèrent des images bien moins printanières comme le fromage ou la levure. Autre particularité, le champagne est exceptionnellement doux. Il était en effet d’usage au début du XIXème siècle de produire des champagnes bien plus sucrés que ceux produits actuellement. Souvent bu en apéritif, il était à l’époque une boisson de l’élite et les destinataires de cette mystérieuse cargaison étaient, selon archéologues en historiens, des membres de la haute société de Saint-Pétersbourg.

Quels que furent les commentaires apportés par les œnologues, il semblerait que ceux-ci aient suffisamment suscité d’intérêt pour apporter une caution gastronomique à des bouteilles déjà dotées d’une valeur historique bien réelle. D’après Richard Juhlin, un des plus grands experts en champagne au monde et invité de l’événement, les bouteilles, détenues par le gouvernement des îles Åland, pourraient être vendues plus de 50,000 Euros pièce. Le gouvernement prévoit en effet de vendre la plupart des bouteilles aux enchères, en conservant tout de même 5 d’entre elles pour leur valeur historique.

Vous voici donc renseignés sur cette affaire. Si jamais il vous arrivait d’avoir un compte en banque un brin obèse que vous souhaiteriez dégraisser, vous pouvez certainement coupler une bonne action avec l’acquisition d’une des plus vieilles bouteilles de champagne. Pour les autres, une visite, un jour prochain au musée des îles Åland pourra peut-être vous sembler plus raisonnable.

Par Lyonel Perabo