Moonsorrow : le géant se remet en marche

Moonsorrow est sans aucun doute l’un des fers de lance de la musique métal finlandaise. Proposant une musique épique semblable à aucune autre pour son intensité et sa splendeur dramatique, le groupe était jusqu’à peu, bloqué dans le studio pour accoucher de leur sixième opus qui aura la lourde tâche de succéder au magistral Viides Luku. Nous avons rencontré, dans un bar du centre de Helsinki, Vile Sorvali, chanteur et bassiste du groupe afin qu’il nous révèle plus l’histoire et le fonctionnement de ce grand groupe.

Bonjour Vile, comme LeFrancofil’ est un journal d’information général, nos lecteurs ne sont peut-être pas familiers avec l’univers du Métal. Pourrais-tu présenter Moonsorrow à ces néophytes ?

Moonsorrow est un groupe de métal finlandais. Nous nous désignons nous mêmes comme faisant du métal païen. Nous avons cinq albums à notre actif et existons depuis 1995.

Un des points les plus remarquables de votre carrière est le fait que les membres du groupe n’ont pas changé depuis le tout premier album. Comment pourrais-tu expliquer cette singularité ?

Je n’en ai moi-même aucune idée, il doit y avoir une bonne alchimie entre nous, Il n’y a jamais eu aucun problème dans le groupe… je ne peux pas vraiment l’expliquer, c’est vraiment rare tu sais.

Comment se passe le processus d’écriture musical dans le groupe ? Moonsorrow est-il un groupe où tous ont la possibilité de s’exprimer ?

Normalement, cela se passe toujours de la même façon ; Henri, qui est notre claviériste écrit généralement la plupart des morceaux. Si quelqu’un vient avec une idée, il le fait savoir à Henri qui réalise alors une démo sur son ordinateur. Nous n’écrivons jamais vraiment rien dans la salle de répétition. Les morceaux prennent vie sur son ordinateur.

Vile, en tant que chanteur principal du groupe, tu es également en charge de l’écriture de la plupart des textes. Comment procèdes-tu exactement ?

Il peut m’arriver d’écrire quelque chose avant que les chansons ne prennent corps, juste quelques lignes qui me viennent à l’esprit, je peux toujours les écrire sur mon ordinateur afin de les sauvegarder. Néanmoins, j’écris toujours les paroles d’après les titres définitifs car je veux que celles-ci reflètent ce que la musique m’évoque. C’est également plus facile pour procéder à l´arrangement vocal des chansons.

Une autre singularité du groupe est le fait que toutes les chansons sont écrites en finnois. Cela a-t-il été une décision bien planifiée ? Penses-tu qu’il soit important d’utiliser ta langue maternelle pour t’exprimer artistiquement ?

Oui, je pense que j’en ai besoin pour m’exprimer proprement, et cela va parfaitement avec le groupe car tout ce que nous faisons est, quelque part finlandais ; ce ne serait pas la même chose si nous écrivions en anglais. Mais nous n’avons jamais eu de réunion pour décider de notre orientation artistique, nous avons un accord commun sur ce que nous faisons.

Pourrais-tu décrire le concept lyrique de Moonsorrow en une seule phrase ?

Dans un sens, je pourrais même le résumer en un seul mot : païen. Nous aimons exprimer notre nature païenne, la culture qui fut en Finlande avant l’arrivée du christianisme. Il reflète également une opposition aux valeurs modernes que nous avons aujourd’hui.

Ces dernières années, on a assisté à une croissance sans précédent des groupes de métal utilisant des paroles ou un concept inspiré des temps préchrétiens. Crois-tu que ce genre d’attitude ne diffère pas de la majorité des groupes de métal ou bien penses-tu que cela demande un engagement plus personnel ?

Question difficile. Je pense que la plupart des gens qui écrivent sur le sujet y croient. Il y a certainement aussi quelques individus qui agissent ainsi parce qu’ils suivent la mode ou je ne sais quelles autres raisons, mais je pense que le mouvement est quelque chose de positif. Cela peut rendre les gens conscients qu’il existait une culture avant la chrétienté ou même avant notre soi-disant société moderne. Peut-être que cela fera penser à plus de monde que la façon dont nous vivons aujourd’hui n’est peut-être pas la seule qui existe.

La plupart de ces groupes choisissent généralement, sans regards pour leur héritage culturel, de parler de la frange nordique du paganisme. Penses-tu qu’il serait plus convenable que ces groupes puisent dans la tradition qui leur est propre ?

Oui, totalement. Je veux dire, si un groupe français, par exemple, a envie d’écrire au sujet du paganisme nordique, pourquoi pas, mais il y avait également une culture païenne vivace en France. Alors ce genre de groupes devrait peut-être creuser plus profondément dans l’héritage culturel qui leur est propre…

Es-tu inspiré, dans ton écriture, par les épopées et autres récits préchrétiens ?

Certainement, mais le problème est qu’en Finlande, il n’existe aucun texte préchrétien car avant l’arrivée du christianisme, personne ici ne savait écrire, il n’existait donc que quelques éléments de savoir dispersés ici et là. Notre épopée nationale par exemple ne fut posé par écrit que quelque chose comme 700 ans après l’introduction du christianisme.

Quels sont les groupes qui vous ont le plus inspirés musicalement ?

Je dirais au début, des groupes comme Bathory et Enslaved mais nous aimons constamment intégrer de nouveaux éléments à notre musique et certaines influences sont apparues plus tard. Le groupe était très orienté black-métal à ses débuts mais il y avait encore beaucoup de choses à venir. Nous sommes également influencés par le folk et la musique progressive ainsi que bien d’autres choses. Je ne dirais pas qu’il existe une simple source d’inspiration pour notre musique.

Votre dernier album était très impressionnant; il ne comptait que deux morceaux pour une durée totale de 56 minutes ! Comment vous-est venue une telle idée ?

Je ne sais pas, c’est arrivé c’est tout…C’est une réponse ennuyeuse et peu informative mais…nous étions juste en train d’enregistrer le premier morceau de l’album et cela s’est juste développé à rallonge…et à la fin il totalisait trente minutes au compteur ! À ce point nous nous sommes dit, pourquoi ne pas écrire un second morceau du même acabit, pour tester nos limites…Nous n’avons jamais eu de plans préconçus, nous écrivons juste ce que nous ressentons.

Les paroles de cet album étaient particulièrement sombres, peut-ont s’attendre à quelque chose dans le même style pour votre nouvel album ?

Je dirais que cette fois-ci non plus il n’y a pas de lumière au bout du tunnel. Cela à pris une tournure encore plus sombre que je ne l’avais envisagé au premier chef.

Au niveau du format des chansons, avez-vous gardé cette tournure jusqu’au-boutiste ou bien êtes-vous revenus à écrire des chansons plus courtes ?

Tout ce que nous faisons est en quelque sorte sans compromis mais nous avons tout de même fait des chansons plus courtes que la dernière fois, elles ne dureront pas une demi-heure cette fois-ci. Elles restent longues pour tous les standards mais restent bien plus courtes que sur notre dernier album.
Pour ce qui est de l’inspiration pour faire de si longs titres… j’ai toujours aimé les groupes comme King Crimsom, ils écrivaient des épopées, leurs chansons étaient des histoires à elles seules, j’ai toujours aimé cette approche. Nous ne venons pas avec des titres aussi longs de manière intentionnelle mais nous avons beaucoup de choses à dire et en conséquence nos morceaux ont tendance à être extrêmement longs. J’aime penser que nous faisons de la musique pour ceux qui aiment la musique, pas seulement les chansons.

À part votre participation à la tournée européenne du Paganfest l’an prochain, aura-t-on la chance de vous croiser sur la route ? Et qu’en est-il de vos fans finlandais, auront-il aussi droit à quelques concerts ?

Oui, après le Paganfest nous ferons quelques concerts en Finlande, ils ne sont pas encore confirmés mais nous les ferons et quelques festivals estivaux bien évidement. Je n’ai aucune idée de ce qu’il se passera l’automne prochain mais je n’ai pas besoin d’avoir des certitudes si loin dans le temps.

J’ai pu, en faisant des recherches sur le groupe, trouver que tu avais fait partie d’un groupe appelé May Withers, peux-tu nous en dire plus sur ce groupe plutôt inconnu ?

Le projet existait avant que tout ne soit sur Internet. Nous avons juste enregistré une démo et ce fut tout. C’était chouette quand cela existait bien sûr…c’était une sorte de métal mélodique dans le veine d’Anathema, ce genre de choses. On appelait cela pop-métal même si ce n’était pas exactement pop.

Moonsorrow est un groupe de métal finnois, or la Finlande est un pays dans lequel le métal est considéré comme une musique populaire. Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle situation ?

Ah…je pense que l’on peut gagner de l’argent grâce à cette situation (rires), je blague, on ne se fait pas tant d’argent que ça en vérité. Cette situation est bonne pour les groupes bien sûr, ils ont plus d’opportunités pour faire des concerts et faire des albums de qualité avec des moyens conséquents et de se faire connaître.
Étant donné que le métal est en quelque sorte accepté par tous en Finlande, il attire des gens qui n’y auraient jamais eu contact et qui n’en connaissent pas vraiment la finalité. Le métal, comme le punk, est une musique de rébellion et maintenant qu’il est accepté par tous, il n’est plus vraiment rebelle… tout semble apparaître sous un jour différent aujourd’hui car on peut vraiment y gagner de l’argent. Je pense que c’est HIM qui fut l’un des premiers à populariser la musique métal en Finlande.

Que représente Moonsorrow pour toi ?

Une très grande part de ma vie. J’ai fait partie du groupe, si l’on veut être précis, la moitié de ma vie et c’est quelque chose dont je ne pourrais pas me débarrasser même si j’en avais envie. Je ne me suis jamais senti pareil dans aucun autre groupe, cela fait partie de ma vie au lieu de n’être “que” de la musique.

Musicalement, à part le métal, qu’écoutes-tu ?

Beaucoup de choses ! Je ne peux pas mettre mes goûts musicaux dans des cases. Aujourd’hui j’écoutais Madonna sur mon ordinateur par exemple.

Tu veux vraiment que j’écrive ça ?

(rires) Vas-y, ce n’est pas un secret. J’écoute différents styles de musique. J’étais également en train d’écouter Gojira durant la même heure. Cela peut en quelque sorte, représenter mes préférences musicales ; le style importe peu du moment que la musique est bonne.

Quels sont pour toi les meilleurs et pires groupes finlandais ?

Le dernier groupe finlandais qui a retenu mon attention a été Ghost Brigade. Je trouve qu’ils sont réellement impressionnants et ne sonnent comme aucun autre groupe. Beherit fut une grosse influence pour Moonsorrow. Amorphis, en tant qu’influence précoce fut très important… Swallow the Sun, nous avons tourné avec eux à quelques occasions, c’est vraiment un très bon groupe, ainsi qu’Insomnium dans le death métal mélodique.
The 69 Eyes, je ne les apprécie pas plus que ça, c’est le cas de beaucoup de gens, mais ils sont connus malgré tout. Ils faisaient de bons trucs au début mais ils ont changé leur style. Mais je ne déteste personne, je préfère trouver la face positive de chaque groupe. J’ai même fini par apprécier Korpiklaani (rires) ! Nous étions en tournée ensemble et j’ai du les écouter tous les soirs et j’ai finalement appris à comprendre leur musique.

Quelle a été ta dernière découverte musicale ?

Je n’ai fait aucune découverte aujourd’hui tout du moins. Mais j’aime essayer de faire le plus de découvertes que possible. Quelle était la dernière ? (Long silence…) Ha, subitement, je peux plus me souvenir…ha, oui ! Ma dernière découverte fut ce groupe de black métal finlandais, Raate.

Merci beaucoup pour cette interview Vile, je te laisse les derniers mots :

J’envoie mes salutations à tous les citoyens français qui se sont aventurés en dehors de leur pays et qui, pour d’étranges raisons, ont terminé ici. Bonne chance !

Le nouvel album de Moonsorrow devrait arriver dans les bacs de tous les bons disquaires vers la fin de l´hiver à travers le label Spikerarm. Soyez patients.

http://www.myspace.com/moonsorrow
http://www.paganfest.eu/news.html
http://www.spinefarm.fi/showband.php?id=36
http://www.moonsorrow.com/moonsorrowcom/moonsorrow.html

Propos recueillis par Lyonel Perabo