Une victoire pour la forêt boréale

De toutes les images idylliques qui viennent à l’esprit quand l’on se met à parler de la Finlande, celle qui revient le plus souvent est probablement celle de la Laponie. Ses aurores boréales, sa toundra enneigée, son petit papa Noël et ses rennes. Mais en dehors des pays nordiques, bien peu ont en revanche une réelle connaissance de cette fameuse région et le sombre glamour de la nuit arctique recouvre bien facilement les complexes relations socio-culturelles de cet espace nordique. Il est assez rare par exemple de porter attention aux problèmes que soulèvent l’industrie forestière et encore plus de se documenter sur les facteurs ethniques de cette affaire… Mais, chanceux que vous êtes, LeFrancofil’ est là pour éclairer votre lanterne et vous présenter les dernières évolutions d’un conflit qui, si relativement discret, aura alimenté une longue polémique.

Depuis l’implantation de l’industrie forestière moderne dans la Laponie de l’après-guerre, les intérêts des bucherons et des éleveurs de rennes ont toujours divergé. Alors que la compagnie forestière (la compagnie des parcs et forêts finlandais) a toujours considéré la Laponie comme une manne sauvage et sous exploitée, les éleveurs de rennes n’ont jamais vraiment vu l’histoire sous cet angle. En effet, le peuple indigène de Laponie, le peuple Saami (ne dites pas “Lapons”, le terme est devenu une offense) qui a habité les régions nordiques de la Fenno-Scandinavie depuis l’âge de bronze y a pratiqué l’élevage de rennes depuis environ 4 siècles.

Le principal problème, du point de vue technique réside dans les pâturages d’hiver utilisés par les éleveurs. En Laponie du nord, près du lac Inari, les rennes sont traditionnellement conduits dans les anciennes forêts boréales pour y brouter du lichen, une de leur seule source de nourriture dans ces mois glacés. Ces espaces, dont une grande partie est constituée de forêts primaires (les dernières d’Europe) pourraient, selon les compagnies forestières, être inter-changées avec des espaces déjà exploités sans que cela ait un effet notable sur l’élevage. Faux répondent les portes paroles des associations d’éleveurs, qui rappellent au passage que la déforestation dans les forêts primaires est également ravageur pour l’environnement, les anciennes forêts contenant en effet bien plus de CO2 que leurs pendants moins âgées.

Cette dispute entre l’Etat d’un côté (représenté par la compagnie forestière) et les éleveurs de rennes (soutenus par Greenpeace et le conseil Saami) est également à placer dans le plus large contexte de la lutte pour la reconnaissance culturelle des Saami. Si en Finlande, les Saami sont officiellement considérés comme une minorité nationale et possèdent leur propre parlement, l’Etat finlandais a souvent fait preuve de dédain à leur encontre et a montré peu d’enthousiasme à mettre en pratique la protection de leur culture.

Les éleveurs Saami se basent en effet sur la loi qui indique que l’Etat doit leur permettre l’accès à leurs terres de pâtures ancestrales et s’assurer qu’aucune activité nuisible à cette industrie n’y prenne place. Les différents éleveurs concernés, qui se sont battus en vain pour faire respecter cette close, finirent par se regrouper et, depuis 2002, ils se sont battus, aux côtés de Greenpeace pour protéger ces terres qui leurs sont chères.
Huit années de batailles juridiques et une réprimande du Comité européen des droits de l’homme plus tard, un accord a finalement été signé le 10 décembre dernier entre la compagnie des parcs et forêts et les éleveurs de rennes. 80% des quelque 100.000 kilomètres carrés de terre disputée vont être protégés contre l’exploitation, certaines de manière permanente et d’autres pour 20 années. “Nous ne pensons pas qu’après 20 ans les fragiles forêts nordiques à la lente croissance seront encore menacées par la sylviculture industrielle. Nous sommes satisfaits du résultat” déclara Matti Liimatainen, responsable local pour Greenpeace.

Si pour une fois l’alliance des populations locales et des ONG aura été fructueuse, de nombreux problèmes demeurent. Des projets de développement miniers ainsi que le possible développement touristique des côtes protégées du lac Inari sont également au programme. Espérons donc que les activistes locaux auront été sérieusement ravigotés par leur victoire car dans un futur proche, d’autres batailles les attendront.

Article : Lyonel Perabo