Ces étranges traditions venues du nord : Le Russ norvégien

Il est enfin là le beau mois de mai ! Le soleil scintillant dans le ciel bleu azur illuminant les sommets encore blancs des montagnes majestueuses, les températures enfin clémentes, et les étranges lycéens envahissant les rues. Si vous avez eu la chance d’être présent dans n’importe quelle cité norvégienne d’importance depuis le début du mois, vous aurez certainement remarqué ces jeunes gens à l’accoutrement bizarre arpentant les rues en larges bandes, laissant derrière eux une trace de joyeux chaos estudiantin. C’est que, très chers lecteurs, du 1er au 17 mai, c’est le Russefeiring, la période festive par excellence pour les lycéens norvégiens. Découvrez sur le Francofil les complexes ramifications de cet ancien rituel typiquement scandinave.

C’est bien connu, en Europe du Nord, on ne plaisante pas avec la fête. Les associations étudiantes organisent des beuveries réglées au millimètre et à travers leur scolarité, les étudiants de tous âges devront passer par tout un tas de rituels savamment orchestrés dont l’existence peut souvent paraître absurde aux yeux d’un Européen septentrional. En Norvège, le plus important de ces rituels est le Russ qui célèbre chaque année la fin du lycée pour plusieurs milliers de Norvégiens.

La tradition du Russfeiring (souvent raccourci en « Russ ») est extrêmement ancienne et a été reliée aux traditions estudiantines danoises que les étudiants norvégiens, du fait de l’absence d’universités dans leur pays, devaient suivre. Le nom « Russ » vient d’une expression (cornua depositurus, qui évoluera en « Russ ») utilisée pour marquer l’admission d’un élève à l’université. Parallèlement, une tradition estudiantine comparable existe dans chacun des autres pays nordiques, dans des déclinaisons néanmoins plus sobres.

En Norvège la célébration du Russ prit de l’ampleur durant le XXème siècle et devint au fil du temps une extravagante fête à l’esprit carnavalesque sans équivalent en Europe. Cette fête débute symboliquement le 1er mai de chaque année (la fête du travail) et dure jusqu’au 17 mai (Fête nationale). Elle est extrêmement bien organisée, des groupes régionaux au fonctionnement quasi-institutionnel ayant la charge de préparer les divers évènements et fêtes liés au Russ.

Le premier mai, les Russ vont revêtir leur salopette étudiante qu’ils ne devront quitter que pour dormir et, selon la tradition, ne jamais laver. D’autres vêtements spécialement conçus à cet effet comme des pulls ou des polos sont également favoris des Lycéens. Ces vêtures, portant généralement sur elles le « cru » de l’année(« Russ 2011 » cette année) servant à identifier les lycéens en dernière année sont produits par diverses firmes plus ou moins spécialisées dans l’évènement. La plus importante d’entre-elles étant la Russeservice qui ne vend rien d’autre que les accessoires divers et variés que porteront les Russ.

Ces impressionnantes salopettes sont teintes en différentes couleurs reflétant la spécialisation du lycéen. Le RødRuss le plus courant porte la sienne rouge et suit une éducation générale orientée vers les études supérieures. Le BlåRuss a une salopette bleue et a une éducation spécialisée le poussant vers les métiers de l’économie, du social et de l’administration. Le SvartRuss exhibe fièrement ses larges pantalons noirs signifiant son appartenance à une école technique. Le HvitRuss est tout de blanc vêtu et s’est spécialisé dans la médecine ou dans le sport. Les GrønnRuss enfin sont des étudiants de lycées agricoles et sont, par conséquent, vêtus en vert.

Durant les 17 jours du Russ, les lycéens feront plus ou moins la fête en permanence. Tandis que l’année scolaire se termine, ils arpenteront les rues, s’engageront dans d’épiques batailles de fusil à eau et, de manière générale, commettront tous les excès possibles et imaginables. Ce point est illustré par les « noeuds » qui ornent la casquette étudiante (Russlua) du Russ. Ces noeuds, auxquels sont attachés des jetons symboliques signifient que le Russ en question a relevé des défis « débiles » qui ont presque tous à voir avec la consommation d’alcool, la fornication ou le ridicule. Certains d’entre eux peuvent être bon enfant (comme manger un kebab entier en une ou deux minutes) tandis que d’autres sont nettement plus sentencieux et pourraient être considérés au mieux de mauvais gout au pire de trouble à l’ordre public. Quels que soient ces défis « débiles » les Russ s’en moquent bien et redoublent d’efforts pour que la fête soit aussi folle que possible.

D’autres éléments caractéristiques du Russ sont les voitures et bus qu’achètent certains Russ à l’occasion de l’obtention de leur permis de conduire (qui coïncide souvent avec la période du Russ). Si cette pratique reste rare et la plupart des véhicules achetés sont de vieilles carcasses au bord de la désintégration, certains Russ nés avec une cuillère en argent dans la bouche usent des liquidités de leurs parents pour acheter et transformer des bus entiers, ces bus devenant alors le centre des fêtes les plus endiablées.
Les Russ ont également avec eux un jeu de plusieurs dizaines de « Russkort » imprimées spécialement à cette occasion. Ces cartes sont des sortes de cartes de visites parodiques dotées d’une stupide photo d’identité et de commentaires plus ou moins sentencieux. Ces cartes sont avidement collectées durant la période du Russ et leur collection sert à accroître la notoriété des lycéens ayant la chance d’en obtenir un grand nombre.

Toutes ces étrangetés prennent cependant fin le 17 mai à l’occasion de la grande parade. Les Russ, souvent montés à l’arrière d’une camionnette font leur possible pour apparaître les plus extravagants possible pour leur dernier jour en tant que tel. En effet, une fois le 17 mai mort et enterré, les étudiants devront se riveter à nouveau sur leurs pupitres, les examens étant presque universellement situés, dans un ironique paradoxe, entre la fin mai et le début juin…

« Hjelp, Vi er Russ »

« Hjelp, Vi er Russ » est un film Norvégien en ce moment en salle et mettant en scène un groupe de Russ arpentant le pays dans leur bus et vivant une série d’aventures toutes les plus stupides les unes que les autres. Il semblerait que ce film soit une sorte de long-métrage purement anti-intellectuel où toute réflexion ait été retirée et remplacée par de nombreuses paires de seins nus, de scènes de beuveries et de running-gag plaisant aux oreilles des adolescents. Même VG, le tabloïd sensationnaliste norvégien ne lui a attribué qu’une étoile (sur 6), c’est dire le niveau de la chose. À voir pour le fun uniquement.

Voir la bande annonce du film :
http://vimeo.com/21374842