La Suède promeut les femmes à la direction de ses entreprises

Tout comme en France, la Suède se heurte à la discrimination des femmes sur le marché du travail.

Le rapport de l’année 2008 du médiateur suédois contre les discriminations, Diskrimineringsombudmannen, relève que les discriminations contre femmes perdurent par exemple sur les salaires (plus de 6000 recours et rectifications de salaire en 2008). Medlingsinstitutet, l’Office national de la médiation, chargé par l’Etat de la résolution de certains conflits de travail, note que les femmes gagnaient en 2006,  84,2% du salaire des hommes, toutes catégories professionelles confondues et à situations équivalentes.

Il y a eu sur une période de 38 ans, et 26 années de gouvernements sociaux-démocrates, près de 450 lois en faveur des femmes. Alors que les sociaux-démocrates ont par exemple durci les dispositions pénales encadrant la violence des hommes sur les femmes (loi de 2005 sur les violences sexuelles par exemple), les conservateurs ont par exemple eux légiféré sur les mêmes droits pour hommes et femmes sur le marché du travail et dans l’économie, mettant notamment en fonction en 1980 le Jämställdhetsombudman, le médiateur très efficace à l’égalité hommes-femmes, devenu récemment le Diskrimineringsombudsman.

Dans la droite ligne de cette politique fédératrice, les conservateurs pour 2010 prévoient quatre objectifs :

  • combattre la violence masculine à l’égard des femmes
  • combattre la prostitution et la traite des êtres humains
  • de mettre en place un système de suivi des politiques d’égalité des sexes auprès du Parlement
  • et enfin promouvoir l’égalité hommes-femmes sur le marché du travail et dans l’economie, plus spécifiquement aussi dans les administrations du pays.

Les initiatives suédoises sur ces deux derniers points sont notables. Elles ont leurs sources dans un débat survenu en 2007 dans la presse suédoise.

Celle-ci s’était en effet largement fait écho de travaux universitaires montrant que plus de femmes au sein des conseils d’administration et parmi les cadres dirigeants des entreprises haussaient la compétitivité et la rentabilité de celles-ci ce à court et à long terme. La différence était flagrante si on comparait, sur un panel de 48 entreprises suédoises toutes côtées en bourse, les sociétés dont les conseils d’administration étaient exclusivement masculins à celles dont ceux-ci sont mixtes. Au mieux, ces dernières doublaient leur rentabilité.

En octobre 2007 l’organisation américaine Catalyst, destinée à promouvoir la place de la femme au sein du tissu économique américain, publiait elle un rapport dans lequel étaient établies des conclusions similaires pour davantage d’entreprises.

Svenska Näringsliv, l’organisation des patrons suédois, s’est démarquée de ces conclusions.

Se fondant sur ses propres études de cas, l’organisation contesta la même année les conclusions en énonçant d’une part que la présence de femmes au sein des conseils d’administrations ne dégage pas forcément une meilleure rentabilité, d’autre part que ce sont surtout les entreprises plus enclines à l’embauche de femmes qui profitent de la tendance et enfin, que ce sont les entreprises où la mixité hommes-femmes est majoritaire qui obtiennent la meilleure rentabilité. C’était donc la mixité qu’il fallait encourager.

Le gouvernement suédois a, en septembre 2009, financé un projet…

…chargeant l’entreprise suédoise de formation en entreprise ALMI de mettre en oeuvre le projet Styrelsekraft (force dirigeante). Ce projet consiste à former annuellement quelques 200 femmes sélectionnées des secteurs privé et public à la fonction de dirigeante d’entreprise / de membre de conseils d’administration, projet doté d’une allocation gouvernementale de 5 millions de SEK. Ces femmes, outre le fait de recevoir chacune une bourse d’études de 10000 SEK, ont en même temps la possibilité d’élargir de ce fait leur réseau de contact. Le programme a été quelque peu victime de son succès puisque 1400 femmes ont fait acte de candidature.

Qu’a pensé le parti social-démocrate suédois de la réforme?

Lors du vote de la proposition du gouvernement le 23 octobre 2009, il s’est ému de deux choses. L’une était que le gouvernement reprenait une idée social-démocrate à la base, l’autre que le gouvernement n’aille pas plus loin puisqu’il refuse d’instaurer des quotas de femmes dans les sociétés. Le parti social-démocrate, qui fera passer la réforme des quotas s’il gagne les élections de 2010, nommait en exemple la Norvège qui en 2004 avait 7% de femmes dans ses conseils d’administration pour plus de 40% aujourd’hui.

Ce pays a récemment adopté l’instauration de quotas contraignants. La Suède compte aujourd’hui 21,9% de femmes dans les conseils d’administration des 500 plus grosses entreprises suédoises côtées en bourse; la moyenne des pays nordiques est à environ 31%. En France, malgré une légère augmentation la moyenne se situe autour des 10 % .

Article publié début mars, à l’occasion de la Journée de la Femme sur www.lemonde.fr
Yann Long – Juriste français et suédois, installé à Stockholm est actuellement en recherche d’emploi.

Une réflexion au sujet de “La Suède promeut les femmes à la direction de ses entreprises

  1. norden

    je viens de lire dans SVD qu’en Norvège malgré les quotas peu de femmes accèdent aux postes de chefs et encore moins sont représentés dans les conseils d’administration… Il ft lire les articles de Björn Lindahl dans SVD du 30 mars…

    Et puis que peut-être votre correspondant en Norvège peut nous dire ce qui se passe vraiment… Y-a-t-il beaucoup de femmes à la tête de Francofil Norvége ??