#macronunanaprès (1/2): La chance de la France ou le casse du siècle!! #pol

C’est la Première ministre de Norvège, Erna Solberg, leader d’une coalition de droite qui disait en début d’année qu’entre la France et la Norvège, il n’y avait que deux désaccords : le handball et Martin Fourcade, le champion de biathlon! Le Premier Ministre suédois, Stefan Löfven, leader d’une coalition de gauche qui remettra en jeu, en septembre prochain, son mandat de 4 ans lors des élections générales, pourrait souscrire à cette déclaration.…Les démocraties nordiques sociales et « en même temps » libérales sont folles du nouveau président de la République française Emmanuel Macron!

En novembre 2017, six mois après son accession à la tête de l’État, Emmanuel Macron faisait la couverture du magazine américain Time avec ce titre «The next leader of Europe… If only he can lead France» (le prochain leader de l’Europe… si seulement il parvient à diriger la France). Bon pas encore roi du monde mais presque!

Six mois plus tard en mai 2018, et au moment de fêter le premier anniversaire de son entrée « par effraction » à l’Elysée, selon son mot…, « ce jeune audacieux, inconnu, portant un petit sac à dos gouvernemental, des intuitions forgées dans l’ombre de son prédécesseur François Hollande et l’ambition affirmée de transformer la France » selon les mots de la presse française, un premier bilan montre une France toujours coupée en deux!
Selon une dernière enquête (Les Echos, quotidien économique), 52 % de Français jugent que l’élection d’Emmanuel Macron a été « une mauvaise chose » pour la France. Le scepticisme prédomine sur l’ampleur et l’efficacité des changements opérés depuis son élection et la multiplication des mouvements sociaux actuels en France confirment cette situation.

Non, Emmanuel Macron n’a pas pu encore « réconcilier la France«  comme tel était son vœu dans son livre/programme Révolution (XO Editions) paru en 2016, au moment de sa candidature officielle. « C’est notre combat pour la France, parce que c’est notre projet…!!! » comme il s’était évertué à le rugir, extatique, devant une foule toute acquise à sa cause lors d’un fameux meeting qui fit le bonheur des réseaux sociaux!! Un an après, jour pour jour, après son élection, 2 sondages viennent traduire la réalité des faits: 64% des Français sont « déçus » de son bilan (IPSOS); 6 Français sur 10 sont « mécontents » de son action et ne « veulent pas qu’il se représente en 2022 » (BVA)!!

A côté de nombreux entretiens, de couvertures d’hebdomadaires à l’envi « le Kid et/ou le Boss, Jupiter et/ou Jules César, Napoléon et/ou Bonaparte…« , une cinquantaine de livres ont été publiés cette année sur Emmanuel Macron. Entre une biographie intime, classique de la journaliste Anne Fulda « Macron, un jeune homme si parfait » (Ed.Plon) et un récit, plus littéraire, sur son accession au pouvoir, de l’écrivain Philippe Besson « Un personnage de roman » (Ed.Julliard),  ce sont deux essais qui ont retenu notre attention. Deux essais consacrés aux racines de la pensée d’Emmanuel Macron « Voilà un phénomène d’édition qui mérite une tentative d’interprétation » écrivent en choeur les essayistes.

1/ Le philosophe et le président  de François Dosse (Ed. Stock/Les Essais)
On savait qu’Emmanuel Macron a été l’assistant, puis l’intime, de Paul Ricoeur philosophe français, penseur à la fois chrétien et de gauche, en dialogue constant avec les sciences humaines et sociales. Son œuvre est axée autour des concepts de sens, de subjectivité notamment dans la littérature et l’histoire. Incontestablement des matières chères à Emmanuel Macron.

A partir de la fin des années 1990, cette relation, le président de la République l’a évoquée en des termes émouvants : « La nuit tombait, nous n’allumions pas la lumière. Nous restions à parler dans une complicité qui avait commencé à s’installer. De ce soir-là commença une relation unique où je travaillais, commentais ses textes, accompagnais ses lectures. Durant plus de deux années, j’ai appris à ses côtés. Je n’avais aucun titre pour jouer ce rôle. Sa confiance m’a obligé à grandir. » Sans Macron, Paul Ricœur alors âgé de 85/90 ans n’aurait jamais pu terminer son dernier ouvrage « La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli ». C’est François Dosse qui le dit.  Professeur, chercheur, enseignant à Sciences PO Paris, auteur d’un grand nombre de livres et, notamment, d’une biographie de Paul Ricoeur qui fait autorité : Paul Ricoeur, les sens d’une vie, (La Découverte, 1997), François Dosse a été l’intermédiaire entre l’un et l’autre. Il examine à la loupe les discours et les écrits d’Emmanuel Macron et fait apparaître la richesse du legs confié à celui qui est aujourd’hui en charge du pouvoir. « Savait-on à quel point ce compagnonnage intellectuel a orienté, façonné, les choix politiques de celui qui est le premier président-philosophe de la Ve République ? »

2/ « Macron, un président philosophe » de Brice Couturier (Ed de L’Observatoire). Journaliste culturel, Brice Couturier a été rédacteur en chef du Monde des débats et collabore au Point. Il est l’une des voix de France Culture… A cette aune, son livre est à coup sûr plus politique. Dans un portrait un poil hagiographique, il montre comment l’itinéraire intellectuel et politique d’Emmanuel Macron est guidé par la conquête du pouvoir. Il pose avec pertinence l’enjeu principal du quinquennat Macron : la capacité à réduire la fracture (aujourd’hui géante) du pays. Couturier n’est pas dupe. Il pose la question. : « Macron réussira s’il réduit cette fracture-là… La nouvelle lutte des classes, explique- t-il, passe entre les titulaires de diplômes monnayables sur le marché du travail et les autres, assignés à résidence. Sa mission historique est de donner une deuxième chance à ces derniers. »
Le journaliste décrypte les succès électoraux d’Emmanuel Macron en analysant la dimension philosophique de la personnalité et de la politique libérale de gauche du nouveau président. Il livre les clés de sa boîte à outils conceptuelle et des futures orientations de son action réformatrice.

Dans un dernier entretien, dans le numéro de mai 2018 de la Nouvelle Revue française, Macron déclare  « Je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque… J’ai fait beaucoup de philosophie mais c’est surtout la littérature qui m’a structuré à la fois pour les grands personnages et le sens du détail » et de citer Colette, Giono, Gide, Camus… Une fibre littéraire et artistique qui permettra de réduire les fractures de la société française? A voir!

Enfin une chose est sûre: « Le festival de papouilles qui a marqué la (récente) visite d’Emmanuel Macron aux Etats-Unis…, ne doit pas masquer une grande réussite de communication. Sur la scène internationale, le président français a pris des allures de rock-star. Sa jeunesse, sa maîtrise de l’anglais, son parler-franc peu diplomatique, son goût de la castagne verbale, l’aura acquise lors d’une élection aux rebondissements dignes d’une série américaine, entre The West Wing et House of Cards, tout cela en fait l’invité idéal des talk-shows de fin de soirée, comme l’orateur prisé des cérémonies plus solennelles… C’est un atout de pouvoir se faire entendre à l’étranger. On aurait tort de s’en plaindre, même si les calculs de politique intérieure ne sont pas absents de cette tactique médiatique… » Non, ce n’est pas un avis laudateur d’un quelconque député godillot du groupe En Marche,  non, c’est celui de Laurent Joffrin, directeur du quotidien de gauche Libération dans un de ses derniers éditoriaux.!!.

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