#Théâtre: Les « Détails » doux-amers du Suédois Lars Noren en France !

Auteur de plus de 80 pièces de théâtre, l’auteur suédois Lars Norén est le dramaturge contemporain vivant, le plus mis en scène dans le monde. Ses pièces ont souvent provoqués débats et polémiques. Sa productivité et sa recherche constante de nouvelles formes de langage et de représentations caractérisent son écriture.

Francofil a vu Kliniken, Catégorie 3.1, À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, en référence à la célèbre journaliste russe assassinée en octobre 2006, en Suède, au Riksteatern, le théâtre national itinérant suédois dont il était le directeur. Puis à Paris, au Théâtre du Vieux-Colombier Pur: 4 personnages quasi statiques, comme englués dans leur ennui quotidien et leur impossibilité de vivre à deux…. Démons, au Théâtre du Rond-Point, un véritable jeu de massacre sur le couple, avec Romain Duris et Marina Fois. Enfin Poussière, qui l’a fait entrer au répertoire de la Comédie-Française: 11 personnages, touristes récurrents d’un complexe hôtelier d’un pays pauvre qui affrontent les derniers moments de leurs vies.

Avec Détails, Lars Norén dépeint, de nouveau, le quotidien de quatre protagonistes appartenant à un microcosme culturellement et socialement aisé et pourtant confrontés au manque, à l’insatisfaction. Le délitement des relations amoureuses et des ambitions contrariées. Les couples se font et se défont, se décomposent et se recomposent. Tout le propos tient dans cette idée d’effritement, d’effondrement, symptomatique du rapport au temps et au monde qu’entretient son auteur.
Le dramaturge suédois dont l’oeuvre est chargée de toute la violence contemporaine est à l’évidence bien plus éloquent quand il décrit la cruauté de l’exclusion et de la marginalité dans nos sociétés modernes (Kliniken, Catégorie 3.1…) que lorsqu’il dépeint les turpitudes finalement classiques de la vie bourgeoise.

Le pitch de Détails:

Un quatuor de personnes, à Stockholm, Florence ou New York. Des hommes, des femmes qui essaient de se lier et de se séparer ; ce n’est pas l’argent qui manque ; la recherche permanente d’un bonheur qu’ils n’ont pas su trouver ou qu’ils n’ont pas su conserver les occupe tous. On sent dès les premières lignes le sourire triste de l’auteur qui sait que leurs souhaits ne seront jamais exaucés. Chacun s’accroche donc à ce qu’il tient dans les mains. Cette pièce est peut-être l’une des plus autobiographiques de Norén et en même temps il y brosse un portrait lucide de l’homme ou de la femme occidental.

« Écrite en 1999, cette chronique  douce-amère du temps qui passe prend les allures d’un bilan à l’approche de la fin du siècle en couvrant une parenthèse de l’histoire où l’on pouvait encore prétendre à un avenir meilleur après la chute du mur de Berlin (1989) et avant le moment de bascule d’un futur annoncé comme sanglant avec la destruction des tours jumelles du World Trade Center (2001)… (Les Inrocks).

Entretien avec Lars Noren:

« J’ai écrit cette pièce fin 1999 je crois. Comme son titre l’indique, c’est vraiment une pièce sur des détails, de petites choses dont je me souviens. C’est aussi une pièce autobiographique. Même si elle est pleine de fantaisie et de rêves. Cela parle des années 90. En Europe de l’Ouest. Dans le monde occidental. Cela parle de la vie, des choses qui traînaient dans ma mémoire. C’était comme de très grandes photos. J’étais obsédé par les détails dans ces photos… Je pense que le diable est dans le détail. Parce qu’il est très compliqué de voir l’image entière du monde aujourd’hui. Il est si compliqué. Si rapide. Au lieu d’essayer de s’en échapper pour avoir une vue d’ensemble, on est obsédé par les détails. Et ils ne signifient rien. » (théâtre-contemporain.net)

Sous une toile de La Vénus d’Urbin du Titien, portrait de courtisane (vue et à voir pour faire naître sensualité et séduction mais aussi fantasmes et frustration) ou tableau de mariage (au XVIe siècle,  Il est recommandé d’accrocher de belles nudités, homme ou femme, dans les chambres à coucher des époux pour un meilleur épanouissement… !!).  Frédéric Bélier-Garcia nous montre/monte l’extrême cruauté et cynisme de ces riens, ces détails qui font/défont  la chronique amoureuse de chacun.

Et entre deux citations d’écrivains aussi réalistes que pessimistes tel que Milan Kundera et Italo Calvino , une chanson de  Christophe ouvre un des tableaux. Car comme Christophe, Noren construit « des marionnettes / Avec de la ficelle et du papier… »  mais pas sûr qu’elles soient aussi jolies les mignonettes et qu’elles disent qu’il est leur ami…!!

Le point de vue du metteur en scène:

« Détails est une pièce diabolique, comme un tour de magie ou une anamorphose, explique Frédéric Bélier-Garcia. Plein de petits riens finissent par dessiner la Vie, selon l’angle sous lequel on les observe. » Cette Vie s’exprime à travers les destins d’un quatuor de personnages qui « tentent de s’unir ou/et de se séparer », des femmes et des hommes « occupés par la recherche d’un bonheur qu’ils n’ont pas su trouver ou conserver » (Journal La Terrasse)

Texte Lars Norén / Mise en scène Frédéric Bélier-Garcia / Avec Isabelle Carré, Ophélia Kolb, Laurent Capelluto, Antonin Meyer-Esquerré / Texte traduit du suédois par Camilla Bouchet et Amélie Wendling / Décor Alban Ho Van / Lumières Dominique Bruguière / Son Sébastien Trouvé / Costumes Marie La Rocca / Vidéo Pierre Nouvel / Collaboratrice artistique à la mise en scène Caroline Gonce / Durée : 2h10
Coproduction Le Quai CDN Angers Pays de la Loire ; Comédie – CDN de Reims ; Théâtre du Rond-Point. La pièce Détails est publiée et représentée par L’ARCHE, éditeur et agence théâtrale.
Créée au Quai CDN Angers Pays de la Loire DU 17 AU 20 DÉC 2019 ; puis jouée au Rond-Point 8 JANVIER – 2 FÉVRIER 2020.
Prochaines représentations à LA COMÉDIE / CDN DE REIMS du 3 au 6 MARS 2020.

Crédits  Photos: DR et Théâtre du Rond-Point