#Lecture: Le pays du crépuscule de Marie Hermansson : Un roman de l’état d’urgence !

En cette période de confinement général si spectaculaire que nous vivons partout dans le monde, et notamment en Europe, du Nord, du Sud…, le roman de Marie Hermansson, Le Pays du crépuscule qui sort ce 1er avril 2020 chez Actes Sud/actes noirs (traduction de Johanna Chatellard-Schapira) est providentiel !
C’est Mattias Hagberg, le critique littéraire de Göteborgs-Posten, qui écrivait au moment de la sortie du livre en Suède en 2014 (Schymningslandet): « Si je devais choisir un mot qui résume le nouveau roman de Marie Hermanson, ce serait état d’urgence. Pas au sens policier ou militaire, (ni sanitaire comme on peut le vivre aujourd’hui NDLR) mais plutôt social et psychologique« .

Tout va mal pour Martina. A vingt-deux ans, la jeune femme vient de perdre son emploi et son logement, et ses possibilités d’avenir sont limitées. Mais une rencontre avec son ancienne amie Tessa va tomber à point nommé. Tessa travaille dans un manoir pour une vieille dame qui croit être toujours dans les années 1940 et invite des messieurs à des dîners imaginaires. Tessa propose à Martina de venir y vivre avec elle. Bientôt, elles sont rejointes par une adolescente et deux jeunes hommes. Aucun d’entre eux n’a trouvé sa place dans la vie, mais le manoir leur offre une certaine sécurité et une raison d’être. L’idée de pouvoir rester pour toujours dans le Pays du Crépuscule émerge en eux. Ils élaborent un plan pour s’assurer l’héritage du lieu. Jusqu’à ce qu’un invité surprise fasse son apparition, vienne entraver leur plan et déclencher une terrible suite d’événements.

Distanciation sociale !

Dans ce pays crépusculaire, c’est Martina qui a donc l’occasion de se tenir à l’écart du temps et de la société qui se raconte, raconte Florence, cette vieille dame excentrique propriétaire d’un manoir à Glimmenäs, près d’Uppsala, raconte sa rencontre avec son amie puis avec les quatre autres jeunes qui trouvent refuge ici face à la chasse quotidienne, de plus en plus difficile, à l’emploi, au logement et à l’avenir.
Chez Florence, le temps s’est arrêté. Elle vit comme si la quarantaine n’avait jamais cessé; elle vit à la frontière du fantasme et de la réalité, entre hier et aujourd’hui, entre le bon sens et la vraie folie. Sa vie est un jeu de rôle constant et permanent dans lequel Martina et les autres jeunes deviennent des partenaires de jeu. Martina obtient un emploi de secrétaire et se retrouve rapidement dans cette bulle que Florence a construite.

Marie Hermansson

L’état d’urgence est, bien sûr, une situation littéraire connue, exploitée à maintes reprises pour chatouiller l’imagination, créer de l’excitation et défier des notions habituelles. Mais aussi pour enquêter sur ce qui nous arrive lorsque nous sommes dans un état hors du temps et de l’espace. Comment réagissons-nous et comment agissons-nous lorsque tout semble permis? Et quand tout semble contraint ? Comme aujourd’hui !!
« Au pays du crépuscule, Hermanson qui est romancière et journaliste, travaille avec toutes ces situations  possibilités. Elle utilise l’état d’urgence au maximum. Et elle a souvent habilement utilisé ces types de situations auparavant pour créer des tensions ainsi qu’une profondeur psychologique dans ses précédents romans » (MH).

Comme dans Zone B, le huit clos malsain paru également chez Actes Sud, Actes Noirs en 2014:
Daniel reçoit une lettre inattendue. Son frère jumeau Max, dont il n’a pas eu de nouvelles depuis des années, lui demande de venir le voir à Himmelstal, dans une maison de repos perdue au coeur des Alpes suisses. La raison du séjour de son frère reste obscure, mais selon Max, il s’agit juste d’un havre de paix paradisiaque pour les gens fortunés.
Prétextant une affaire extrêmement urgente à régler, il propose à Daniel de se substituer à lui pour quelques jours. La perspective d’un petit séjour dans un établissement luxueux ne déplaît pas à Daniel et les deux frères échangent leur identité. Or lorsque Daniel comprend que Himmelstal n’est pas une clinique ordinaire, où les patients se remettent d’un simple burn out, mais un endroit complètement coupé du reste du monde, il est trop tard ; il est pris au piège…

Les romans de Marie Hermanson sont des histoires efficaces à lire. A mi-chemin entre le thriller psychologique et le conte fantastique, ces huis clos démontent nos rapports avec la réalité, parfois trop cruelle à accepter, et les subterfuges que l’on (s’) invente souvent pour l’appréhender.

Crédit Photos: Actes Sud