Dans notre nouvelle série « A plus ou moins 100 » : Le lin, l’or bleu de Normandie !

Si l’huile de lin de Suède est réputée et référencée pour ses débouchés industriels : peintures, savons, détergents, lubrifiants spéciaux, revêtements de sol (Linsaapa, Golvsaapa)…, la France est leader mondial de la production de lin textile. Lin textile pour ses fibres, ou lin oléagineux pour ses graines, la culture n’est pas la même !
Et de toutes les régions de France, la Normandie est la première productrice en volume et en qualité. Cela fait grimper la Normandie sur la plus haute marche du podium linier textile mondial, la Haute-Normandie assurant à elle seule 50% de la production mondiale de fibres de lin de qualité. Ce n’est pas rien et ce n’est sans doute pas fini car l’ère des matériaux composites ouvre de nouvelles perspectives.
En Normandie, entre la Plaine de Caen et le Pays de Caux, le lin, c’est trois millions d’euros de chiffres d’affaires, 1 000 emplois et 4 000 producteurs. 60 % du lin textile européen et 50 % du lin mondial poussent dans les champs normands ! Lire ici sur lasuededurable.com: La Véloroute du Lin.

La Normandie championne du lin : pourquoi ?
Une terre riche et profonde pour une alimentation et une croissance régulière, un climat océanique tempéré, une pluviosité régulière, peu d’écarts de température : ce sont les conditions qui plaisent au lin. Pas étonnant donc qu’elle se plaise en Normandie ! On cultive le lin le long du littoral, de la Normandie jusqu’aux Pays Bas, de Caen jusqu’à Amsterdam. La qualité du fil obtenu dépend aussi de la technicité des teilleurs : en Normandie les liniculteurs et teilleurs travaillent ensemble pour améliorer la qualité de la fibre de lin.
Les champs de lin viennent d’être semés en Normandie. Une fois de plus, les agriculteurs et teilleurs vont surveiller de près cette production qui, si la météo est propice, fera à nouveau rayonner l’expertise et la très haute qualité normande sur le marché international du lin.
C’est juin qui fait le lin !

 

Tout commence par les semis qui se font donc de mi mars à mi avril… En juin c’est la floraison : « C’est juin qui fait le lin » disent certains. Les tiges sont d’un joli vert tendre, les fleurs commencent à éclore et les champs se parent d’une belle couleur bleutée mouvante au gré du vent…
En juillet les tiges virent au jaune c’est le temps de l’arrachage du lin. Il faut cibler le moment exact de l’arrachage. On ne fauche pas le lin, on l’arrache pour obtenir les fibres les plus longues possible puisqu’elles s’étirent de la racine jusqu’à la tête de la plante.

En août, grâce au soleil, la rosée et la pluie, le rouissage opère : les tiges deviennent rousses, les pectines qui lient les fibres situées entre l’écorce et le bois central se dissolvent sous l’action de la rosée, du climat, des champignons et bactéries du sol. Le processus va prendre entre 3 et 9 semaines.


Le rouissage terminé, vient l’enroulage : les andains sont enroulés en balles rondes. Il faut faire vite car une rosée supplémentaire pourrait altérer la qualité des fibres. Les balles sont ensuite stockées en attendant l’extraction des fibres.

Le lin, une fibre en or pour la planète. De quoi parle-t-on ?
D’une plante remarquable qui n’a besoin d’aucune irrigation, aucun défoliant et quasiment aucun intrant. Elle retient bien les gaz à effet de serre : chaque année, sa culture en Europe permet de retenir 250 000 tonnes de CO2, l’équivalent de l’échappement d’une « Clio » qui ferait 62 000 fois le tour de la terre…
Si on ajoute que toute la plante est exploitable, de la racine à sa tête, c’est peu dire que le lin est une plante durable… Et le tableau pourrait encore s’améliorer car, côté utilisateur, si chacun en France achetait demain une chemise en lin au lieu d’une chemise en coton, on économiserait l’équivalent de l’eau bue par tous les Parisiens pendant un an. En comparaison : cultiver 1 kg de coton peut nécessiter 3 800 litres d’eau et on estime que 11% des pesticides utilisés dans le monde sont consacrés à la culture du coton.
Le lin textile est cultivé pour sa fibre légère, résistante, imperméable, solide et thermorégulatrice, destinée à l’habillement, les textiles de la maison et de la décoration. Il présente aussi l’avantage de n’avoir aucun déchet car tous ses sous produits sont exploitables.
En papeterie, l’étoupe de lin (fibres courtes) est recherché pour produire des papiers fins et résistants, on en trouve dans le papier à cigarettes ou certains billets de banque.
Les anas (fragments de paille) sont utilisés en paillages horticoles ou en litière pour les animaux car ils sont bien tolérés (peu allergènes puisque les cultures sont pas ou peu traitées) et ont un fort pouvoir absorbant.
Les qualités thermorégulatrices du lin en font un bon isolant utilisé dans le bâtiment pour faire de la laine de lin et des panneaux agglomérés. « Le lin, on l’utilise à 100 % ». Les propriétés du lin (résistance, légèreté, souplesse) font aussi le bonheur des concepteurs de nouveaux matériaux. On connaissait le linoléum pour les surfaces au sol, mais on produit désormais des skis et des planches de surf à partir de lin, des pièces aéronautiques et automobiles… »
Lire plus ici sur le site de France3 Régions tout sur la filière linière en Normandie 

Petit bémol conjoncturel à ce tableau d’honneur !
Depuis l’apparition du coronavirus en Chine et sa propagation en pandémie dans le monde entier, tout se complique pour les exportations de la filière normande, la Chine étant le premier client de la production linière en Normandie. .
« 80 % de la production de la région part en Chine. Aujourd’hui, tout est bloqué : les usines là-bas sont fermées, ils accumulent les stocks et sans production, il n’y a pas d’achat et pas de trafic pour 2020 », indique Michel Segain, président de l’Union maritime et portuaire du Havre (Seine-Maritime) à Paris-Normandie, le quotidien local. « Il y a des risques que le stock de cette campagne se reporte sur la suivante et on craint d’avoir des prix qui s’affaissent pour écouler le stock… ». continue-t-il
Ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour les modèles économiques des agriculteurs normands. Aujourd’hui, le lin est l’une des cultures les plus rentables de Normandie. Elle est donc très courtisée par les polyculteurs, qui peine à gagner de l’argent avec les autres cultures. « Quand un kilo de filasse se vendait 1,50 euro il y a quelques années, il peut se vendre aujourd’hui jusqu’à trois euros. » souligne un de ses collègues.
« Nous sommes impactés, mais comme tous les secteurs économiques. La filière a pris une certaine inertie, on prend du retard dans les ventes et les expéditions, mais il y a des possibilités de stockage un peu partout. » se veut rassurant Pascal Prévost, le président de la coopérative de teillage installée à Crosville-la-Vieille, dans l’Eure, au cœur de cette région qui a fait du lin cultivé pour ses fibres textiles, son or bleu !

Crédits photos, vidéo: France3 régions, Seine-Maritime Attractivité, DR