Le Commandant Charcot, mort en Islande, de retour au Havre!

Il est parti du Havre pour des missions polaires de dimension internationale. Il fut emporté par la mer au large des côtes d’Islande, Jean-Baptiste Charcot dit le commandant Charcot, considéré comme le père fondateur des expéditions polaires françaises, fait l’objet d’une exposition « L’Aventure Charcot, du Havre à l’Antarctique ». au Muséum d’histoire naturelle du port normand jusqu’au 3 janvier 2021.

Peinture du Pourquoi Pas ? (DR)

 

 

S’il a réalisé la plupart de ses missions au Pôle nord, en Arctique (12 au total), il a effectué ses deux premières expéditions essentielles en Antarctique. Toutes deux sont parties du Havre, à bord de 2 embarcations, celle du Français en 1903 et celle du Pourquoi-Pas ? en 1908. Le résultat de ces deux missions de dimension internationale est considérable : 4 000 kilomètres de côtes nouvelles relevés, des cartes marines dressées et une immense moisson d’observations et relevés océanographiques, météorologiques, géologiques, ainsi que des collections zoologiques et botaniques.
Le 8 août 1903, il appareillait à bord du Français, avec vingt hommes à bord, et cinq ans plus tard, jour pour jour, il était à la barre du mythique Pourquoi Pas ?, avec trente compagnons. Irrité par l’absence de la France des régions polaires dont il soupçonnait tout l’intérêt, il entendait réparer cette indifférence en finançant une bonne partie des frais. Ce sportif, champion de France de rugby et double médaillé d’argent, en voile, aux JO de 1900, n’était animé par aucun esprit de compétition ou de conquête, seul l’intérêt scientifique l’intéressait, ce qui lui valut le surnom de « Polar Gentleman ». Chacune de ses expéditions, qui durèrent deux ans, a été marquée par neuf mois d’hivernage sur le bateau volontairement laissé paralysé par les glaces pour effectuer repérages, collectes, études…

Colossale moisson d’observations et de relevés

Affiche présentant la 2ème expédition du commandant Charcot à bord du Pourquoi Pas? en 1908. Crédit Photo Valérie Sorieul Affiche présentant la 2ème expédition du commandant Charcot à bord du Pourquoi Pas? en 1908. Crédit Photo Valérie Sorieul
Les résultats de ses deux missions furent considérables, avec une colossale moisson d’observations et de relevés météorologiques, géologiques, océanographiques, géographiques (4 000 km de côtes explorés, établissement, création ?de nouvelles cartes marines)… de collectes zoologiques et botaniques.
Ces expéditions furent aussi des aventures humaines. On découvre que Jean-Baptiste Charcot portait une grande attention au bien-être de son équipe, qui passait par la qualité de la table. En plus d’un vrai cuisinier, il y avait même un maître d’hôtel, et le champagne ne manquait pas. Il avait prévu un grand nombre de distractions : luge, ski, tir à la carabine, jeux d’échecs et de dames, lecture (2 000 livres), cours d’anglais, de maths et de navigation… On apprend aussi qu’il fut très soucieux de la protection environnementale et animale ; on y tuait des « pingouins », comme il disait, que par stricte nécessité et, lorsqu’un léopard de mer, dont le crâne est exposé, a dû être abattu, il a confié que sa mort lui avait laissé « une impression pénible ».

Tous ces aspects sont évoqués avec, pour la partie scientifique, des instruments réunis par Agnès Voltz, comme un théodolite, un thermographe et un hygromètre à cheveux, qui utilise la propriété du cheveu de se raccourcir ou de s’allonger en fonction de l’hygrométrie. La commissaire présente encore bon nombre d’objets et de souvenirs qui racontent souvent une histoire ou une anecdote, comme un carnet de croquis, un pull-over, des cartes postales envoyées lors d’escales ainsi que des dizaines de photos – comme celle qui nous montre Charcot faisant écouter de la musique aux manchots.

Paul-Emile Victor à gauche. Charcot au centre (DR)

Une vidéo de Paul-Emile Victor qui rencontrera le commandant Charcot en 1934 alors qu’il travaille au Musée de l’Homme et qui le convainc de l’emmener dans sa prochaine expédition polaire à bord du « Pourquoi Pas », Charcot le dépose sur la côte Est du Groenland, où il séjourne durant une année, chez les Inuits. Cette expédition est la première d’une longue série à la conquête des pôles mais aussi en Laponie et en Alaska. C’est à la suite de ces séjours que Paul-Emile Victor crée, après-guerre, les Expéditions polaires françaises qu’il dirigera jusqu’en 1976 et qu’il rappellera à maintes reprises que le Commandant Charcot fut le père des expéditions polaires françaises.

En septembre 1936, de retour du Groenland, où il est allé livrer du matériel scientifique à la mission de Paul-Émile Victor qui vient de traverser l’inlandsis en 50 jours, après avoir rempli une mission de sondage, le Pourquoi-Pas ? IV fait une escale à Reykjavik le 3 septembre pour réparer la chaudière du bateau. Ils appareillent par beau temps le 15 septembre pour Saint-Malo. Le 16 septembre une violente tempête cyclonique s’est levée et coule le Pourquoi pas ? IV corps et biens sur les récifs d’Álftanes vers 5 h 30. Le bilan est de 23 morts, 17 disparus et un seul survivant : le maître timonier Eugène Gonidec, originaire de Douarnenez et surnommé Pingouin. Il racontera que le commandant Charcot, comprenant la destruction inévitable du Pourquoi-Pas ? IV sur les récifs, libéra de sa cage une mouette (Rita) qui était la mascotte du bord. Le docteur Charcot, avec à ses côtés le commandant, officier des équipages de 1re classe Le Conniat et le maître principal pilote de la flotte Floury, restèrent à bord et coulèrent avec le navire, selon les plus pures traditions de la marine (avec lemonde.fr).

Saison d’été dans l’Arctique dès 2021 avec départ au Havre.
Si tout se passe comme prévu, Le Commandant Charcot, un navire de croisière de haute exploration polaire long de 150 mètres, naviguant sous pavillon français, pouvant accueillir jusqu’à 270 passagers qui navigueront en Arctique en été et en Antarctique en hiver,  le premier navire brise-glace de l’industrie de la croisière actuellement en finition (motorisation avec  propulsion électrique principale permettant une installation globale performante en terme d’émissions polluantes) dans les chantiers navals de Söviknes en Norvège, fera ses débuts au départ du Havre en mai 2021. L’occasion pour son armateur, la compagnie française Ponant, filiale du groupe Artemis (la holding de la famille Pinault), de pouvoir inaugurer en grande pompe son nouveau vaisseau amiral.

La croisière inaugurale du Commandant Charcot est prévue au départ du Havre le 31 mai 2021 pour un voyage de 14 nuits vers l’Islande et le Groenland. Le navire passera la saison d’été dans l’Arctique avec en particulier les premières croisières permettant d’atteindre le pôle nord magnétique, qui nécessitent de casser de la glace pendant plusieurs jours. Il doit également franchir le passage du nord-ouest, avant de partir pour l’hiver 2021/2022 vers l’Antarctique, où il pourra s’enfoncer profondément au sud à travers la banquise. Des croisières qui apparemment rencontrent un beau succès commercial, avec des places vendues selon les catégories de cabines entre 15.000 et 40.000 € par personne pour la traversée inaugurale, de 25.000 à plus de 100.000 € pour le pôle nord magnétique (15 nuits) et à partir de 42.000 euros pour le passage du nord-ouest (24 nuits) avant de rejoindre son port d’attache Le Havre.

Crédits Photo: Museum d’histoire naturelle du Havre, DR et mentionnés