Paris, Palais de Justice : Attentats du 13 novembre 2015, un djihadiste suédois dans le box des accusés !

«  Non » répond haut et fort Osama Krayem, le djihadiste suédois, à la question du président du tribunal qui lui demande s’il a quelque chose à rajouter à la déposition de son compagnon de route, le Tunisien Sofien Ayari, avec lequel il est revenu de Syrie en 2015. Osama Krayem, qui avait rejoint la Syrie en 2014, est suspecté d’être l’un des principaux protagonistes de la cellule djihadiste à l’origine des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015.

Osama Krayem, l’un des 20 accusés dans le box du Palais de justice de Paris, derrière cette cage de verre, pour ce procès, historique, des attentats su 13 novembre 2015, qui se déroule depuis 5 mois et pour encore 5 mois, avait prévenu dès le début des interrogatoires qu’il ne répondra à aucune question car  « pour lui » l’issue du procès est jouée d’avance:
« «Je pense que personne n’est ici pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé et avoir des réponses. Je ressens que nous faisons tous semblant et que ce procès est une illusion», avait justifié l’accusé dans une lettre à la cour. «Je ne pense plus, aujourd’hui, que le fait que je comparaisse et que je m’explique sur ce qu’on me reproche change quoi que ce soit à la décision de la cour (…) C’est pourquoi j’ai pris la décision de ne plus m’exprimer jusqu’à la fin des débats», avait-il également écrit.

©PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Daniel FOURAY ; Paris ; 25/06/2021 ; Justice . Procès .
Palais de justice de Paris .
La salle d’audience qui accueille le procès des auteurs des attentats du 13 novembre 2015 à Paris – Bataclan , Stade de France , terrasses des cafés – est construite dans la salle des pas perdus du palais de justice de l’ile de la cité .
Photo Daniel Fouray .
Osama Krayem a refusé de prendre place dans le box des accusés depuis le 25 novembre, à l’origine pour protester contre l’absence physique à la barre de plusieurs enquêteurs belges cités comme témoins. Il s’est néanmoins présenté à l’audience le 13 janvier pour son interrogatoire sur les faits, durant lequel il a exercé son droit au silence. Osama Krayem, 29 ans, encourt la perpétuité pour son implication présumée dans l’organisation des attentats du 13 novembre 2015. Un autre procès l’attend à Bruxelles pour son rôle supposé dans les tueries de mars 2016 en Belgique. Enfin il pourrait se voir à terme poursuivi ,en Suède, pour crimes contre l’humanité, selon le témoignage d’une jeune femme yézidie irakienne qui l’accuse de l’avoir réduite en esclavage, « séquestrée, droguée et violée » . Dans le magazine français « Franc-Tireur », elle brosse le portrait d’un « monstre », « le pire de tous »! Mais cette éventuelle comparution n’est pas actée ni par les 1.800 parties civiles représentées, ni dans le million de pages que contient le dossier d’instruction, et ne fait pas partie des chefs d’accusation du procès qui se tient actuellement au Palais de Justice de Paris.

Parmi les 20 accusés (14 sont présents) qui comparaissent au procès des attentats du 13 novembre, Osama Krayem est l’un des plus hauts gradés au sein de l’organisation Etat islamique. L’un des plus inquiétants et des plus mystérieux aussi !
De nationalité suédoise, il est issu d’une famille d’immigrés syro-libanaise installée à Malmö. Jeunesse sans histoire, passionné de foot, Krayem … se serait radicalisé à 20 ans avant de partir en Syrie deux ans plus tard, en août 2014, pour devenir un combattant de l’État islamique.

Sur les attentats, sur son engagement au sein de Daech, quand il parlait, il déclarait alors ; « Des gens sont violés et des musulmans sont tués, est-ce que je vais continuer à jouer au foot et manger des chips ? …Tant qu’il y aura des bombardements contre l’État islamique, il y aura des attentats, il y aura des ripostes, ils ne vont pas offrir des chocolats… » Ou bien encore: « La loi islamique est supérieure à la loi des hommes… Dans la religion on prend tout ou on laisse tout. Si le Coran dit que quelque chose est juste, alors c’est juste même si le reste de l’humanité dit le contraire »!!!

Initialement prétend-il « Ce n’était pas pour combattre mais pour aider ». Une fois en Syrie, il ne va pas « aider » bien longtemps! Il apprend à manier des explosifs et suit un entraînement aux armes, en même temps que des cours de religion. Après quelques missions de surveillance, il intègre, selon les enquêteurs de la DGSI, l’unité d’élite de l’EI, rattachée à la cellule des opérations extérieures…. Il y croise le n°2 de l’organisation, Abou Mohammed al-Adnani, surnommé « le ministre des attentats », le commanditaire supposé des massacres du 13 novembre, avec lequel il se serait lié d’amitié.  Il est notamment identifié parmi la quinzaine de combattants de l’EI, dans la fameuse vidéo funeste, mise en ligne début 2015, et projetée pendant l’audience,  où l’on voit un jeune pilote jordanien capturé, en tenue orange, enfermé tel un animal dans une cage en fer, et être brûlé vif.  « On l’a grillé ! » seront ses propres mots !!


Mi-septembre 2015, Krayem quitte la Syrie après avoir écrit à ses proches qu’il s’apprête à « faire le meilleur acte qui rend Allah le plus content ». Autrement dit un attentat-suicide… Il suit la filière des migrants jusqu’en Europe, passe sans problèmes sur l’île grecque de Lesbos et gagne l’Autriche où Salah Abdeslam viendra le réceptionner, le 3 octobre, avec son camarade Ayari, pour le conduire en Belgique.

Si Krayem n’était pas à Paris le soir des attentats du 13 novembre, il en fut un des protagonistes et sa participation aux attentats du métro de Bruxelles, le 22 mars 2016, ne fait aucun doute. Mais, tout comme Salah Abdeslam, Osama Krayem renonce au dernier moment à activer la bombe qui se trouve dans son sac à dos. Il est appréhendé en Belgique le 8 avril 2016, trahi par un message adressé à son frère sur les réseaux sociaux : « Les mécréants sont nos ennemis. Hais-les de tout ton coeur mais ne le montre pas. » Raison pour laquelle une fois le procès de Paris achevé, il sera jugé en Belgique. Avant de l’être éventuellement par la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l’humanité, crime de génocide pour ses exactions en Syrie. //

Crédits Photo; DR, Ouest France, Courrier International