#JOParis2024, Francolympien#1: La France est prête. Place au JO dès le 1er mars !

En 2024, Francofil sera parisien et olympien ! Francolympien !!
A 5 mois de la cérémonie d’ouverture (26 juillet 2024), Francofil lance sa série bi-mensuelle, #Francolympien consacrée à tous les enjeux des Jeux olympiques et paralympiques. #Francolympien, 2 fois par mois, pour vous raconter l’actualité sportive, politique, sociale et internationale  en mettant l’accent sur ce qui devrait nous ressembler: parité, environnement, urbanisme, inclusion, culture…

Depuis que l’idée d’une nouvelle candidature de Paris a germé dans la tête de François Hollande, 1 siècle après sa première, la capitale et la Seine-Saint-Denis (les lieux français que connaissent, en premier, les étrangers, et particulièrement les Nordiques, quand ils atterrissent à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle), changent de visage mais pour quoi et pour qui?
Autant de questions auxquelles cette série tentera de répondre. Si le cirque olympique vous passionne, si le sport vous fait rêver, si les enjeux politiques ou sociétaux des JO ne vous laissent pas indifférents, cette série, en une dizaine d’épisodes, est pour vous.

En 2024, Paris accueille le plus grand évènement de son histoire. 100 ans après ses premiers, les Jeux Olympiques et Paralympiques sont de retour dans « la plus belle ville du monde ».

Ces JO pour la France, c’est le couronnement d’une année 2024 rebaptisée «millésime français», entre le 80e anniversaire du Débarquement et de la Libération, le sommet de la francophonie en octobre et la réouverture de Notre-Dame en décembre. La France est prête pour les JO : les ouvrages olympiques seront livrés dans les temps, les réseaux de transport se renforcent. Mais dans un pays à l’ambiance morose et aux dirigeants impopulaires, l’engouement n’est pas au rendez-vous.

En mars 2022, il y a tout juste 2 ans, Nicolas Ferrand, le patron de la Solideo, l’établissement public chargé de livrer les ouvrages olympiques, a cru qu’il ne tiendrait pas les délais et que tout était foutu : après le Covid et le Lockdown chinois, l’attaque de la Russie contre l’Ukraine faisait flamber les prix des matières premières et menaçait de faire de nouveau dérailler les chaînes d’approvisionnement et le budget. En décembre 2023, à sept mois de la cérémonie d’ouverture du 26 juillet, le haut fonctionnaire de 51 ans a convoqué la presse une dernière fois pour faire le point sur les chantiers. Avec un message : ils seront prêts à 84 %. Et Ferrand, tout polytechnicien qu’il est, a eu du mal à cacher son émotion. «L’année dernière, on avait dit un hiver, un printemps, un été, un automne et on y sera. Et on y est.» (avec Libération)

Soixante-huit ouvrages – dont un nouveau quartier, à cheval sur trois communes de Seine-Saint-Denis, où vivront et travailleront 12 000 personnes à compter de la mi-2025. Soixante-quinze mois et vingt-neuf jours de travaux. 30 000 ouvriers. Zéro accident mortel, et «quatre fois moins d’accidents que sur des chantiers standards». Un budget de 4,5 milliards d’euros. Et une vitrine de l’excellence française dans le BTP. «En 2017, quand on a créé la Solideo, l’opinion générale était qu’on n’y arriverait pas. Gonesse et Europa City n’arrivaient pas à sortir. Tout le monde pensait que les ouvrages sortiraient dans la douleur quelques jours avant les épreuves», rembobine Ferrand. Finalement, les équipes de la Solideo ont atteint l’objectif : finir à temps le 31 décembre, pour pouvoir remettre les clés au Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) le 1er mars, comme prévu.

Trois ouvrages seront livrés en retard : le Grand Palais, où auront lieu les épreuves d’escrime et de taekwondo, une partie du village olympique, sur l’Ile-Saint-Denis (soit 500 lits sur 14 500), et la piscine de Colombes, dans les Hauts-de-Seine, seul équipement – censé accueillir les entraînements de natation synchronisée – pour lequel un plan B est sérieusement à l’étude. Mais les deux seuls bâtiments construits exprès pour ces Jeux n’ont pas connu d’avanie majeure : l’Arena de la Porte de la Chapelle, le seul nouvel équipement construit dans Paris intra-muros, d’une capacité de 8.000 places et qui accueillera les épreuves de badminton (27 juillet-5 août) et celles de gymnastique rythmique (8-10 août) fut inaugurée avec succès par un match de basket le 11 février dernier. Quant à la piscine olympique, face au Stade de France à Saint-Denis, «les bassins sont en eau», a assuré Ferrand, et elle sera livrée le 4 avril.

Les infrastructures sont au taquet, mais les transports ? «On ne va pas être prêts», a mis en garde Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris, mi-novembre. «Nous serons prêts», a rétorqué Valérie Pécresse, la présidente LR de l’Ile-de-France. En période estivale, les rames sont moins saturées – et les Franciliens qui le peuvent sont invités à faire du télétravail. La mise en service de deux nouvelles lignes de métro (la 14 et un tronçon du RER E baptisé Eole), couplée à l’augmentation de l’offre sur le reste du réseau, suffira-t-elle à acheminer correctement les 15,9 millions de spectateurs attendus ? « Ça devrait rouler » veut-on croire. Doté d’un optimisme en béton armé, le président du Cojop, Tony Estanguet, triple médaillé d’or en canoë, a abondé dans ce sens, lors de la dernière conférence de presse de Paris 2024.

Le respect du calendrier ne doit pas qu’au savoir-faire français. Sobriété a été le maître mot de la candidature parisienne. On construit le moins possible, à la fois pour que ça coûte moins cher (la facture totale des Jeux, comprenant les constructions et l’organisation, est de 8,8 milliards d’euros à ce stade, deux fois moins que Londres, avec un reste à charge pour l’Etat évalué par la Cour des comptes à 3 milliards d’euros) et pour émettre moins de carbone. Après les éditions d’Athènes (2004) et de Rio (2016) synonymes de gabegie, le Comité international olympique (CIO), par ailleurs frappé par des affaires de corruption, a vu dans la candidature française un moyen de redorer son blason : les Jeux de Paris seraient populaires et écologiques, et les premiers à appliquer les préconisations de l’Agenda olympique 2020. Finis les éléphants blancs, ces grands équipements qui ne servent que le temps des compétitions, et les budgets en hausse de 300 %. Côté français, le prestige attaché aux JO correspond à la volonté d’Emmanuel Macron, tout juste élu, de rendre la France plus attractive aux yeux des investisseurs internationaux. Un élément de poids dans sa politique du «Choose France». (avec Libération)

Populaires, les Jeux ? Un sondage, publié mi-novembre par Odoxa, témoigne plutôt d’un effritement de l’adhésion en leur faveur : si 65 % des Français approuvent encore leur tenue, ils étaient 69 % en mars et 76 % il y a deux ans. En revanche, près d’un Francilien sur deux (44 %) ne les voit pas d’un bon œil, le double d’il y a deux ans. «Il n’y a clairement pas d’engouement, estime le conseiller de Paris Emile Meunier. Dans les quartiers, les associations devraient être en effervescence. Or je ne dis pas qu’il n’y a rien, mais c’est poussif.» Deux raisons à cela, selon l’élu écologiste. Un, «la France n’est pas joyeuse en ce moment. Le discours dominant c’est, « vous nous donnez des Jeux, mais donnez-nous du pain« ». Deux, ce type de méga-événement semble de plus en plus «en décalage avec la perception que les gens ont de l’état du monde», sur le plan écologique comme géopolitique. Est-il bien raisonnable d’organiser un tel événement, à l’heure de l’urgence climatique et du retour de la guerre, en Europe et au Proche-Orient ? «Personne ne croit au pouvoir magique des JO, il y a une maturité démocratique par rapport à ça», tranche Jade Lindgaard, autrice d’un livre à paraître sur les Jeux (1). Enfin et pas des moindres, il y a un sujet épineux et qui reste obligé, permanent et toujours polémique: l’accès et le prix des billets.

D’Estanguet, qui s’attend à un moment «absolument féerique», à la ministre des Sports, louant un «magnifique défi», les discours des organisateurs et des élus apparaissent en décalage avec l’opinion. «On sort d’une année de mobilisations contre le gouvernement, et contre Emmanuel Macron, qui est devenu très impopulaire. Or ce type d’événement reste très associé aux chefs d’Etat qui le portent», poursuit Jade Lindgaard. «On s’adaptera à tous les scénarios» : interrogé sur le maintien de la cérémonie d’ouverture sur la Seine, un scénario grandiose plombé par l’attentat islamiste près de la tour Eiffel, Emmanuel Macron n’a pas exclu, pour la première fois, le déploiement d’un plan B. «Mais ça ne doit pas nous empêcher de rêver. Et moi, j’ai bon espoir qu’on puisse rêver jusqu’au bout», a tempéré le chef de l’Etat. Les célébrations de la Saint-Sylvestre, qui faisaient office de test, se sont déroulées dans le calme, la flamme sera allumée le 16 avril à Olympie selon la tradition antique pour arriver en France le 8 mai, à Marseille et débuter son parcours en France et dans les Outremers jusqu’au 26 juillet, date de la cérémonie d’ouverture. Et puisque «c’est une fois par siècle que l’on accueille les Jeux», il ne restera plus qu’à faire de 2024 un «millésime français», en attendant 3024 !

(1) «Paris 2024 – Une ville face à la violence olympique», à paraître le 26 janvier aux éditions Divergences

Prochain épisode: #Francolympien#2 les Lieux des JO

Crédits photos: Olympics.com, DR