#Théâtre: #Antigone à la #Scala #Provence: « Je suis née pour partager l’amour pas la haine »

« Notre époque est violente, les oppositions se radicalisent. Quel est notre rapport à la loi, à la désobéissance ? Notre rapport à la foi, à celle de l’autre ? Qu’est-ce qu’aimer à en mourir? »
Non, nous ne sommes pas en 2024 mais bien en 441 avant JC, date à laquelle Sophocle a écrit sa plus célèbre tragédie grecque. La fameuse figure d’Antigone, celle qui s’oppose à son oncle, Créon, le pater familias, résonne assurément avec notre siècle fracturé par les antagonismes.

Il y a 2500 ans, Sophocle, avec une rapidité et une efficacité redoutable, nous montre tous les écueils d’un pouvoir qui n’écoute pas les bons conseillers, ni même la voix du peuple. La jeune et courageuse Antigone fait tomber le despote, on s’en souvient encore aujourd’hui. 

« L’écriture de l’autrice Julie Ménard et la traduction moderne d’Irène Bonnaud et Malika Hammou permettent d’apprécier au mieux cette icône de la désobéissance civile qui va jusqu’à sacrifier sa vie pour défendre ses convictions. Antigone demeure un texte immémorial, une immense pièce polysémique, qui éclaire le présent à l’aune du passé. Revenir à Sophocle, c’est finalement nous questionner en profondeur sur la violence de notre époque où les oppositions se radicalisent. La dimension dansée dans cette œuvre mise en scène par Emma Gustafsson et Laurent Hatat amène beaucoup de sensibilité et de choralité dans une pièce qui nous fait vibrer par sa dimension tragique en faisant certainement écho à nos humanités » peut-on lire dans la présentation du spectacle à la nouvelle salle de spectacles d’Avignon, La Scala Provence (1)..

Antigone est la fille qui dit non ! Entre la loi des Dieux et celle des Hommes, entre sa conscience et la règle, entre idéal et politique, elle a fait son choix et va braver l’interdit royal, du pouvoir, de la loi quitte à y laisser la vie.
Pour toutes ces questions qui traversent la pièce de Sophocle, la « tragédie des tragédies » selon Hegel, les metteurs en scène Laurent Hatat et Emma Gustafsson avec leur Compagnie Anima motrix ont voulu un plateau dépouillé seulement recouvert de papier crépon rouge et noir, un plateau de corps vivant, de corps vibrants…. Et ils emmènent leurs six jeunes  interprètes, excellents, venus de différentes écoles de théâtre, dans ce passionnant travail d’entrelacement de la danse et du théâtre, de la pensée et du mouvement, tous les 6 présents en permanence pendant les 88 minutes que dure la pièce.

C’est le troisième projet commun de mise en scène qui réunit Laurent Hatat (auteur d’une vingtaine de spectacles sur l’altérité, les rapports de domination sociale et les violences qu’ils induisent, sur le pouvoir de résister) et Emma Gustafsson (actrice et danseuse, née en Suède formée en Angleterre et en France notamment 10 ans au Ballet d’Angelin Preljocaj,), unis à la scène comme à la ville, après Histoire de la violence d’après Édouard Louis (fiction littéraire sur la violence sur toutes ses formes) et Le Corps utopique de Michel Foucault (la fameuse thèse du philosophe selon laquelle les corps sont les seuls lieux d’où nous pouvons résister).

Antigone prend place dans le quotidien d’une période historique tourmentée, l’après-guerre : elle devient à elle seule une figure emblématique de la Résistance, obstinée dans sa rébellion et décidée dans sa volonté de mourir plutôt que se soumettre. Elle incarne la jeunesse et son intransigeance et montre que l’homme reste libre de se révolter contre l’injustice, de lui résister.
Il y a aujourd’hui des Antigone anonymes qui, dans les prisons d’Iran, s’opposent à la tyrannie des ayatollahs, qui, en Afghanistan, résistent au régime des talibans, qui, en France accueillent, et accompagnent les migrants clandestins…
Les valeurs d’amitié et de piété auxquelles se réfère Antigone sont le socle de l’humanisation. En affirmant qu’elle est faite « pour partager l’amour, non la haine » (Sophocle 1999 : 64), elle établit clairement les fondements de son pouvoir d’agir.

Le mythe d’Antigone a été une source d’inspiration pour les écrivains (Eschyle, Sophocle, Anouilh, Cocteau, Racine – entre autres). Antigone, personnage à la destinée tragique, est le symbole de la résistance du devoir moral face au pouvoir arbitraire de l’Etat. Selon Hegel, elle est même « la plus noble figure qui soit apparue sur la terre. »
La pièce mise en scène par Laurent Hatat et Emma Gustafsson a été créée l’an dernier au Festival d’Avignon et tourne depuis dans toute la France.

Crédits photos: animamotrix.fr, Scala Provence

(1) Nouveau lieu de création au cœur de la cité des Papes, La Scala Provence est partie intégrante du « Projet Scala » qui réunit aujourd’hui La Scala Paris (créé en 2018), le label d’édition discographique Scala Music (créé en 2021), La Scala Provence (créé en 2022) et dernièrement l’ESAR (l’école supérieure des arts du rire) sous la direction artistique de l’humoriste, auteur et acteur Jeremy Ferrari,  .