#Littérature: Le triste et fabuleux destin de Maryse #Condé

La jeune Guadeloupéenne Maryse Condé, qui parcourait les Antilles, l’Europe, l’Afrique, à la recherche d’elle-même, est devenue la grande dame de la littérature francophone après un douloureux apprentissage de la liberté. Elle aura obtenu un Prix Nobel « alternatif » qu’elle dédiera à son peuple et fut honorée ce jour d’un hommage national qui lui a été rendu à la Bibliothèque nationale de France, rue Richelieu, à Paris.


Les organisateurs ont offert à Maryse Condé une statue représentant une femme, dressée
sur un livre et pleine de « force, passion et courage ». « Quelque chose que l’on retrouve dans
vos livres et en vous », ont-ils ajouté.

Maryse Condé est morte à l’âge de 90 ans, à Apt (Vaucluse), après une vie de combat humaniste et d’exploration des identités antillaise et noires. Née à Pointe-à-Pitre le 11 février 1934, elle a traité dans une trentaine de livres, principalement des fictions, l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora, l’héritage de l’esclavage et les identités noires. Son grand succès en librairie est Ségou, fresque en deux tomes (1984 et 1985) sur le déclin de l’empire bambara, au Mali, du XVIIIe siècle jusqu’à l’arrivée des colonisateurs français.

En 2018, elle reçoit le seul et unique prix Nobel alternatif de Littérature, jamais attribué suite au scandale qui avait secoué l’année précédente l’Académie royale suédoise. Un nouveau jury, une Nouvelle Académie, collectif de 109 écrivains suédois s’était constitué et avait remis à Stockholm, le prix Nobel alternatif (The New Academy Prize in Literature 2018) à l’écrivaine guadeloupéenne.
Son œuvre « décrit avec précision les ravages du colonialisme et le chaos post-colonial, dans une langue qui mêle également la magie, le rêve, la terreur et l’amour », soulignait La Nouvelle Académie dans son communiqué. « Les Français n’ont jamais voulu entendre la voix de la Guadeloupe. Je suis heureuse qu’enfin, cette voix singulière soit reconnue. Je dédie ce Prix Nobel à mon mari, ma famille, à la Guadeloupe et à tous ceux qui me lisent », avait réagi Maryse Condé à l’annonce de son prix.

Oui à son pays, son peuple, ses lecteurs !
La sélection s’était d’ailleurs déroulée de manière tout à fait originale par rapport aux pratiques habituelles de l’Académie suédoise : les bibliothécaires de Suède ont d’abord établi une liste d’auteurs, pour lesquels 32 000 lecteurs du monde entier ont ensuite pu voter par internet. Un vrai grand prix international et populaire!. La Nouvelle Académie s’est dissoute d’elle-même dans les jours suivant la remise du prix pour laisser la place à: l’Académie royale suédoise reformée en 2019 avec ses dignitaires. pour attribuer à nouveau son prix Nobel avec ses polémiques.

Si l’écrivaine a remporté de nombreuses distinctions au cours de sa carrière (prix de l’Académie française pour La Vie scélérate en 1988, Légion d’honneur pour l’ensemble de son œuvre en 2014), ce prix Nobel alternatif donc venait consacrer l’une des plus belles voix de la littérature caribéenne contemporaine. Exigeante et engagée, attentive à la condition de la femme aux Antilles, en Afrique, aux Etats-Unis comme dans le reste du monde, Maryse Condé a publié plus de trente ouvrages depuis Heremakhonon (1976) jusqu’au Fabuleux et Triste Destin d’Ivan et d’Ivana (2017).
Pour avoir vécu dans plusieurs pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée et Sénégal), Maryse Condé critiquait les limites du concept de « négritude » proposé par le Martiniquais Aimé Césaire et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. De 1995 à 2005, elle a dirigé le Centre d’études francophones de l’université Columbia à New York. Elle devint alors une figure intellectuelle aux Etats-Unis, pays qu’elle quitta définitivement en 2013, pour passer sa retraite dans un village du Luberon, Gordes, dans le sud de la France.

Crédits photos/Vidéo: DR, Libération, France Ô/Outre-mer