Francolympien#9 JOParis2024: #Sport et #culture, les 2 mamelles de l’Olympisme !

 « Si les 15 millions de touristes sportifs attendus à Paris pouvaient ne pas décourager les visiteurs «culturels» et – mieux – s’ils pouvaient [même] passer une tête dans [nos] musées... ». A 1 mois pile de l’ouverture des Jeux Olympiques, tel est le nouveau challenge de Laurence Des Cars, Présidente-directrice générale du Louvre et « Ambassadrice des arts » pendant les JO. «On peut aimer le sport et l’art, c’est même fortement recommandé !» ajoute-t-elle.

Pour les Jeux Olympiques de Paris2024, les grands musées nationaux de France se sont associés. Le Louvre, le centre Pompidou, le musée d’Orsay, celui du Quai-Branly et de l’Orangerie ont travaillé ensemble à une programmation foisonnante, « Cinq des plus grosses institutions culturelles françaises qui bossent de concert,…c’est collector !», s’esclaffe Laurent Le Bon, président du centre Pompidou,
Concrètement, cette union a accouché d’expositions, de spectacles et d’évènements faisant dialoguer le sport et l’art et d’un parcours d’énigmes intitulé «Cinq musées en jeux», pour partir à la recherche de phrases de Coubertin, qu’il faut trouver dans les collections et décoder.

Toutes les programmations ont été placées sous la bannière officielle de l’Olympiade culturelle, une sélection de plus de 2 000 projets de juin à septembre, pilotée par la chorégraphe Dominique Hervieu au sein du Comité d’organisation des JO (Cojo), déployées sur l’ensemble du territoire, outre-mer compris, du Mont Saint-Michel à Aubervilliers, du Ballet Jogging à Marseille au Défilé Hip-hop du Musée d’Orsay en passant par la Polynésie (le Musée de Tahiti et des Iles proposera une expo sur le surf) pour mettre en lumière les circulations entre le monde de l’art et celui du sport. L’Olympiade culturelle, un projet qui entend « explorer le lien entre l’art, le sport et les valeurs olympiques » et les directeurs de ces institutions ont un seul mot d’ordre: « … Nous resterons ouverts en cet été si particulier qui s’annonce. Si les centaines de milliers de touristes sportifs attendus à Paris pouvaient ne pas décourager les visiteurs «culturels» et – mieux – s’ils pouvaient les aider à passer une tête dans nos musées … »

Sport et culture n’ont jamais cessé de dialoguer. Déjà dans la Grèce antique, les Jeux olympiques étaient non seulement une compétition sportive, mais aussi une célébration de la culture grecque et un moyen de promouvoir les valeurs de l’éducation physique et de l’esprit sportif. Au cours des siècles, le lien entre le sport et la culture s’est poursuivi de différentes manières. Le sport a inspiré des artistes, des musiciens et des écrivains, tandis que la culture a souvent joué un rôle dans la façon dont le sport est pratiqué et perçu.

Dernier volet du triptyque «Commencez, sautez et terminez» par le peintre luxembourgeois Jean Jacoby, l’une des personnalités les plus connues couronnées aux Jeux artistiques. (Photo Ullstein Bild. Getty Images)

De 1912 à 1948, des peintres, musiciens, écrivains et architectes ont gagné des médailles olympiques. «Le père de l’olympisme moderne », comme il est coutume de désigner le baron Pierre de Coubertin (qui a lui même remporté, sous pseudonyme, le premier titre de champion olympique de littérature avec un ouvrage bilingue français-allemand Ode au sport). a toujours voulu associer les arts aux sports, comme dans la Grèce antique, et a tenu à marier sport et culture, en organisant en parallèle des Jeux du stade, une compétition artistique.
En 1906, le CIO adopte le principe d’organisation des compétitions des 5 disciplines: littérature, peinture, musique, sculpture et architecture « le pentathlon des muses » selon l’expression du baron, les met en forme dès les Jeux de Stockholm en 1912 pour qu’ils soient officialisés aux Jeux de Paris en 1924. Mais le couple art-sport n’a pas résisté aux problèmes budgétaires, à la règle olympique de l’amateurisme (les artistes vendaient leurs œuvres) et au scepticisme populaire.

Cent ans après les premiers JO de Paris, tout ce que la France compte d’institutions culturelles surfe sur la vague olympique. Théâtre, musique, danse, photographie, peinture, architecture, création vidéo… le «pentathlon des muses» de 1924 s’est adapté au XXIe siècle et les musées rivalisent d’idées belles et parfois un peu folles dans l’espoir de capter le regard des millions de touristes sportifs attendus en France cet été. Danse, art, jeux de piste, parcours sportifs dans les galeries prestigieuses… Et donc cette Olympiade culturelle offerte par les plus grosses institutions culturelles françaises.

L’Olympiade culturelle entre arthlètes et musculturalisme !

Parce qu’il partage avec les JO «une même vocation universelle», souligne sa présidente, le Louvre, le 1er musée visité au monde, n’a pas lésiné sur la programmation.
En 1924, le musée accueillait carrément une réunion du Comité international olympique du côté des appartements Napoléon III. Cent ans plus tard, ce sont des «créateurs de notre temps» qui sont mis à l’honneur. En plus de l’exposition «l’Olympisme, une invention moderne, un héritage antique» (jusqu’au 16 septembre) qui raconte la fabrique de l’olympisme, le musée mise avec humour sur le «renforcement musculturel».
Au fil du mois de mai, on pourra visiter ladite exposition en compagnie d’un coach sportif pour reproduire les exercices et les positions des statues. On pourra aussi courir dans les 17 km de galerie du «plus grand musée du monde». «A 7h30, le musée est à nous avant l’ouverture au public et l’arrivée des 30 000 visiteurs attendus chaque jour, c’est magique», s’extasie le chorégraphe Mehdi Kerkouche, inventeur du parcours.

Le Centre Pompidou propose de janvier à septembre 2024 une série de manifestations artistiques et ludiques labellisées « Olympiade culturelle » par Paris 2024. Voir ici

Le centre Pompidou aux couleurs des JO 2024.  - FRANCK FIFE  / AFP

 

On (re)découvre les collections du musée du Quai Branly sous un angle inédit ! Le Parcours 2024 regroupe une sélection d’œuvres d’Océanie, d’Asie, d’Afrique et des Amériques mettant à l’honneur la pratique sportive, le corps en mouvement, et la quête de performance et de dépassement de soi. A quelques pas de la tour Eiffel et du Trocadéro, haut lieu des compétitions, «on est presque par osmose un site olympique», avance Jérôme Bastianelli, à la tête du musée. «On espère que vous viendrez pour le frais de notre jardin mais aussi pour notre parcours 2024» composé d’objets jamais montrés : échasses des îles Marquise ou tenues de lutteurs de Perse.

En 1924 Paris accueillait pour la seconde fois les Jeux Olympiques, et le Musée d’Orsay organisait un Bal Olympique festif. 100 ans après, le musée d’Orsay organise son propre Bal olympique, mis en musique par un orchestre de 14 musiciens : le fameux Umlaut Big Band. « Au musée d’Orsay, «même la section des médailles attire du monde», se félicite Pierre-Emmanuel Lecerf, son administrateur général, qui rappelle que son institution a lancé les festivités olympiques «tôt et haut», en septembre

Le Musée de l’Orangerie, à deux pas de la vasque qui sera allumée le 26 juillet et qui le restera pendant toute la durée des Jeux, et des stades urbains éphémères de la Concorde qui s’apprêtent à recevoir la compétition de BMX, de breakdance, de basket 3×3 et skate-board, restera «grande ouvert» tout l’été, insiste bien sa directrice, Claire Bernardi.

Au Petit Palais, face au Grand Palais qui accueillera les épreuves d’escrime et de taekwondo, l »exposition « Le Corps en mouvement » (du 6 juin au 10 septembre) explorera la représentation du corps humain dans l’art, du sport à la danse en passant par la sculpture. Elle présentera des œuvres d’artistes tels que Rodin, Degas et Picasso….

Le parcours olympique de Raymond Depardon Instants des Jeux, l’expo-hommage aux clichés de Raymond Depardon
Du 24 juin au 24 septembre, un parcours photographique monumental de Paris à Saint-Denis permettra de découvrir les clichés mythiques de Raymond Depardon réalisées lors des Jeux Olympiques de Tokyo, Mexico, Munich et Montréal entre 1964 et 1976.

Au Musée Marmottan-Monet jusqu’au 1er sept Exposition En Jeu ! Les artistes et le sport (1870-1930)

Les Jeux olympiques et leur contexte géopolitique s’exposent au Mémorial de la Shoah
Elaborée à partir d’extraits de films, de photos et de documents d’archives, l’exposition montre l’instrumentalisation de certaines éditions des Jeux à des fins de propagande. « Les Jeux olympiques, miroir de la société »

Enfin, si vous venez à Paris, il ne faudra pas louper « Olympisme, une histoire du monde » au Musée de l’histoire de l’immigration au Palais de la Porte Dorée, une grande exposition sur les minorités, la diversité et la parité dans le mouvement olympique.

Games of the XI Olympiad, Berlin, 1 – 16 August 1936, JO de Berlin organisés par l’Allemagne nazie : Jesse Owens (1913–1980) lors d’un saut en longueur (médaille d’or et nouveau record du monde à 8,06 m). (ullstein bild/Akg-images)
En compilant images mythiques et figures inconnues des JO, le Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, raconte l’autre face de l’Olympisme: comment le modèle olympique a toujours été un espace pour ceux qui luttent pour l’égalité des droits ? Et comment certains Etats ont instrumentalisé leurs minorités pour mieux briller dans le Panthéon sportif mondial. Relecture des olympiades de 1896 à 2024 : montrer comment le modèle olympique a été un outil pour ceux qui luttent pour l’égalité, veulent affirmer leur identité et revendiquer leurs droits. Plus ici 

Ultime, l’artiste américaine Alison Saar vient de dévoiler la sculpture symbole des Jeux olympiques et paralympiques, « Salon » dans les jardins, au pied des Champs-Elysées « Un espace ouvert à tous, qui favorise le dialogue et permet les rencontres, les échanges et le partage », selon l’artiste.

Alison Saar a dévoilé sa sculpture pour les Jeux olympiques et paralympiques. REUTERS/Johanna Geron

L’œuvre comprend une grande figure féminine assise qui tient des rameaux d’olivier dans une main et une flamme dorée dans l’autre et six sièges, disposés sur un cercle de 5 m 40 de diamètre, venant d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique centrale, de France, de Chine et d’Europe. L’un d’eux est aussi un siège antique symbolisant l’origine des JO. Au centre du cercle figurent les anneaux olympiques incrustés dans le sol… (avec AFP).

Aujourd’hui, le dialogue entre le sport et la culture est plus vivant que jamais. Le sport est devenu une industrie mondiale majeure, et les événements sportifs sont souvent des spectacles culturels de grande envergure. De plus en plus, les athlètes avec les dizaines de millions de fans qui les suivent sur leurs réseaux sociaux sont considérés comme des prescripteurs, des influenceurs, des célébrités et des modèles culturels.

Dans notre prochain et dernier épisode, à une dizaine de jours de la cérémonie d’ouverture, nous vous donnerons les dernières infos et conseils pratiques avant votre arrivée à Paris.

Crédits Photos: Olympics.com, Musée du Louvre, Centre Pompidou/DR, Reuters/Johanna Geron