Depuis le 24 février 2022, LE jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pays nordiques n’ont cessé d’exhorter leur population à se préparer, aussi bien mentalement que d’un point de vue logistique, à la possibilité d’une guerre, à haute intensité, étant donné leur proximité avec la Russie. La Finlande vient même d’accueillir les premières manœuvres de l’OTAN sur son territoire depuis son adhésion à l’Alliance atlantique en avril 2023.
Mi-novembre, les autorités suédoises ont envoyé plus de cinq millions de brochures encourageant leurs citoyens à se tenir prêt à un possible conflit armé, avec des consignes pratiques « Om krisen eller kriget kommer » (Si la crise ou la guerre arrive). Les Norvégiens ont, eux aussi, reçu un document similaire les exhortant à savoir se débrouiller sans eau ni électricité, notamment, pendant une semaine. En Finlande, le gouvernement a dispensé des conseils sur un site internet consacré à «la préparation aux incidents et aux crises». Des « manuels de survie » pour savoir quels gestes adopter en vue d’une éventuelle guerre avec la Russie,
Dans le même temps l’OTAN menait, pour la première fois, son plus grand exercice d’artillerie dans l’Arctique finlandais. Une opération perçue comme une démonstration de force face à la Russie voisine, surtout pour les deux pays nordiques, Finlande et Suède qui ont abandonné plusieurs décennies de non-alignement militaire et ont intégré l’Otan après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et de la formation de l’OTAN en 1949, la Finlande (qui a une frontière commune avec la Russie de 1300kms) avait maintenu une position de neutralité tout au long de la guerre froide, dans ce que l’on a appelé la finlandisation, face à ses relations souvent compliquées avec l’Union soviétique. La Suède, quand à elle, est devenue officiellement le 32è pays membre de l’OTAN en avril 2024. Elle mettait ainsi fin à plus de 200 ans de neutralité (la Suède n’a pas connu de conflit depuis 1814).
Les opérations donc menées pendant 3 semaines dans le nord de la Laponie s’inscrivent dans le cadre de l’exercice « Dynamic Front 25 » et se sont terminées ce 25 novembre. Elles furent le plus grand exercice d’artillerie de l’Otan jamais organisé en Europe, avec des exercices de tir en Finlande ainsi qu’en Estonie, en Allemagne, en Roumanie et en Pologne. Au total 5 000 artilleurs venus de 28 pays (Etats-Unis, Suède, France et autres alliés étaient engagés).
La question de la présence de l’OTAN en Finlande, et plus largement de l’expansion de l’Alliance atlantique à l’Est, est un sujet sensible qui a des implications géopolitiques majeures. 
La Russie interprète les activités militaires de l’OTAN aux frontières de son territoire comme des provocations et des préparatifs en vue d’une éventuelle attaque. Les exercices militaires alliés en Finlande sont vus sous cet angle, renforçant ainsi le sentiment d’insécurité à Moscou.
Après avoir souhaité, pendant la guerre froide, avoir de bonnes relations avec son voisin russe (la Finlande qui partage plus de 1300 kms de frontière avec la Russie), la Finlande a demandé son adhésion à l’OTAN pour garantir sa sécurité et bénéficier de la protection collective de l’Alliance, suite au conflit en Ukraine. En conséquence, cette adhésion affaiblit l’influence russe dans la région de la Baltique et a pu encourager d’autres pays à rejoindre l’Alliance (exemple, la Suède), érodant ainsi davantage la sphère d’influence de Moscou. La présence de l’OTAN en Finlande réduit la zone tampon traditionnelle de la Russie et augmente le risque d’un conflit direct avec l’Alliance.
En bref, la question de la Russie face aux manœuvres de l’OTAN en Finlande est un enjeu majeur de la sécurité internationale. Elle met en évidence les profondes divisions qui existent entre la Russie et l’Occident et les difficultés à construire un ordre de sécurité stable et durable en Europe.
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