A l’occasion du 120ᵉ anniversaire du Prix Nobel de Littérature attribué à Frédéric Mistral, l’écrivain et lexicographe français, l’Opéra d’Avignon accueillait le spectacle « Mirèio, un rêve de Mistral », la nouvelle mise en scène de Gérard Gélas, auteur, metteur en scène, un des piliers du Festival Off d’Avignon, fondateur de l’une des Scènes historiques d’Avignon, le Théâtre du Chêne Noir.
Gérard Gélas qui déjà l’avait monté pour le 100è anniversaire s’est donc replongé dans l’œuvre de l’écrivain provençal et de son poème culte Mirèio (Mireille), publié en 1859. Long poème en provençal, en vers et en douze chants: « J’imaginais alors Frédéric Mistral lui-même, revivant sur scène pour narrer l’histoire de sa Mireille et de Vincent avec ses propres mots… 
Ici Frédéric Mistral, interprété magistralement par le comédien Nicolas Dromart, est sur scène du début à la fin du spectacle. C’est dans ses yeux que l’on revit cette histoire. Sa présence induit le jeu des autres acteurs… Pour « Mirèio, un rêve de Mistral », le célèbre auteur « maître de la Provence » devient le narrateur de sa propre œuvre ». C’est au travers de ses mots, en voix off, en quasi auto-description que nous découvrons les personnages de Mireille (Juliette Gharbi) et de Vincent (François Santucci), lesquels portent l’âme, l’esprit, l’accent et le romantisme de la Provence.
L’histoire: Un « Roméo et Juliette à la provençale »:
Mireille, jeune fille à marier d’un propriétaire terrien provençal, tombe amoureuse de Vincent, un pauvre vannier qui répond à ses sentiments. Après avoir repoussé trois riches prétendants, Mireille, désespérée par le refus de ses parents de la laisser épouser Vincent, va en Camargue, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, écrasée de soleil, afin de prier les patronnes de la Provence de l’aider à obtenir le consentement de ceux-ci. Mais elle est victime d’une insolation en arrivant au but de son voyage et meurt dans les bras de Vincent sous le regard de ses parents.
C’est en 1904 que Frédéric Mistral reçoit le prix Nobel de Littérature (partagé avec le dramaturge espagnol José de Echegaray) pour son œuvre Mirèio (Mireille), encore enseignée de nos jours. Il s’agit d’un des rares prix Nobel de Littérature dans une langue non reconnue officiellement par l’État auquel il appartient administrativement… L’écrivain français est, à l’époque, une figure de la langue et la littérature provençales et bien des hommages lui sont rendus en Provence et dans tous les territoires de langue occitane. Mistral est l’auteur d’un des premiers grands dictionnaires des langues d’Oc et provençales (Tresor dóu Felibrige, dictionnaire bilingue en 2 volumes, 1878-1886), mais son œuvre capitale reste Mirèio, publiée en 1859, après huit longues années d’effort créateur. Outre de raconter les amours contrariées de deux jeunes provençaux de conditions sociales différentes, Mistral trouve ici l’occasion de proposer sa langue et de faire partager la culture d’une région. Mirèio est en effet un poème épique en douze chants qui évoque la vie et les traditions provençales au XIXe siècle. Il y aborde ainsi les grands mythes et légendes de la Provence, entre autres ceux de la Tarasque (monstre hybride qui vivrait sur les berges du Rhône) et des Trois Saintes-Maries-de-la-Mer (qui auraient fui la Palestine pour se retrouver sur les plages de Camargue et commencer l’évangélisation de la France), celui de la Vénus d’Arles, source possible du mythe de l’Arlésienne (Celle qu’on attend mais qui ne viendra jamais!)…
Son Prix Nobel récompensant une langue minoritaire en Europe, la langue provençale, reste unique jusqu’en 1978, où Mistral est rejoint par Isaac Bashevis Singer pour son œuvre écrite en yiddish.
A Stockholm, l’Académie suédoise accompagne l’attribution du Nobel à Mistral en ces termes : « En considération de sa poésie si originale, si géniale et si artistique, […], ainsi qu’en raison des travaux importants dans le domaine de la philologie provençale.» La légitimité poétique de la langue provençale est alors reconnue à l’échelle internationale puisque le Prix Nobel signalait sa valeur universelle, dépassant le régionalisme.
A l’Opéra du Grand Avignon, ce soir, on approchait ce sentiment !
Mirèio, un rêve de Mistral, spectacle adapté et mis en scène par Gérard Gelas sur une idée de Jean-Pierre Richard / Distribution: Nicolas Dromard, Juliette Gharbi, François Santucci, Jacques Vassy, Guillaume Lanson, Léa Coulange, Nathalie Savalli et Fabien Rouman / 1h25 / Spectacle créé en septembre 2024 et depuis, en tournée dans sa région de prédilection, la Provence, le Vaucluse, les Bouches du Rhône (Mistral est né et mort à Maillane, petite commune des Bouches-du-Rhône)… Le spectacle sera programmé également pendant le Festival d’Avignon du 5 au 26 juillet prochain.
Crédits photos: Opéra Grand Avignon, Théâtre du Chêne Noir, Sea Art/DR