Oui, on danse sur et sous le pont à Avignon… et oui, la danse occupe une place importante dans les programmations de cette 79ème édition du Festival de théâtre 2025, à la fois dans le Festival « In » et le Festival « Off ».
Avec notamment « NÔT » de Marlene Monteiro Freitas qui a ouvert les festivités dans la Cour d’honneur du Palais des Papes avec cette création inspirée des Mille et une nuits.
En projetant Les Mille et Une Nuits mais également Les Noces de Stravinsky, Prince ou bien encore Nick Cave, à l’intérieur de la Cour d’honneur, Marlene Monteiro Freitas peut, par moment, la faire trembler. De ce chef-d’œuvre de la littérature arabe (la langue invitée cette année), elle sublime l’origine populaire et multiple comme la verve poétique et fantastique. Car la performeuse et chorégraphe cap-verdienne installée à Lisbonne, fascinée par l’art du masque et passée maître dans la transformation des corps, débarque avec une troupe de complices aussi fous que talentueux.
1h45 / En français et en anglais / Le spectacle est en tournée à partir d’aujourd’hui
« BREL » d’Anne Teresa De Keersmaeker et Solal Mariotte, une création à la Carrière de Boulbon, lieu mythique du festival. À une quinzaine de kilomètres d’Avignon, dans la Montagnette, une ancienne carrière de pierre s’ouvre comme un amphithéâtre naturel.
On n’aurait pas imaginé la grande chorégraphe flamande de 65 ans en fan passionnée de Jacques Brel. Et pourtant, voilà Anne Teresa De Keersmaeker qui s’en inspire, dans une vingtaine de titres dansés, enchaînés, en faisant la paire avec Solal Mariotte, magnifique performeur issu du breakdance, déjà repéré dans Exit Above, sa création présentée en 2023 à Avignon. Deux silhouettes aux tempéraments opposés pour hanter l’immense espace de Boulbon… Pari réussi!
1h30 / Jusqu’au 20 juillet, 22h. Carrière de Boulbon.
« DELIRIOUS NIGHT » de la danseuse et chorégraphe danoise Mette Ingvartsen
Une pièce « délirante » mais pas « désirante » ! Entre concert de bruitage, spectacle désarticulé et transe psychotique….devant un public installé dans une ambiance oppressive… qui ne demandait peut-être qu’à bouger !
Spontanément portée aux excès physiques, l’artiste danoise, installée à Bruxelles en 2000 et créatrice d’une vingtaine de pièces, ouvre un nouveau chapitre de ses études aiguisées sur le corps, et la danse quand ça fuse, ça explose. « C’est vrai que je questionne beaucoup les normes de comportement, notamment la façon dont on regarde le corps des femmes, indique-t-elle. Je suis très intéressée par des états d’extase, des états “augmentés”, en quelque sorte. »
« Delirious Night » s’inspire d’événements historiques du Moyen Âge notamment, mais parle aussi d’aujourd’hui, précise-t-elle. Je me demande toujours pour quelles raisons les corps se mettent en mouvement dans l’espace public et quel rapport il y a entre les crises sociétales et les moments où les gens n’arrivent plus à se contrôler. » Elle évoque la pandémie de Covid-19 et l’interdiction faite aux gens de danser. « Cela a entraîné des raves clandestines qui échappaient à la réglementation, souligne-t-elle. Je mets en avant la danse comme une sorte de maladie, de symptôme des problèmes de notre époque et un possible moyen de se confronter aux émotions qu’on ne réussit plus à gérer. »
Mette Ingvartsen est bien connue en France. Son dernier spectacle « The Dancing Public », un solo extatique où le corps s’active jusqu’à l’épuisement a été présenté en 2022 à Angers, Lyon, Lille, au Festival Dansfabrik à Brest mais c’est la première fois qu’elle et ses danseurs/ses se produisent à Avignon.
Delirious Night de Mette Ingvartsen. Avec Jayson Batut, Thomas Bîrzan, Dolores Hulan, Zoé Lakhnati, Elisha Mercelina, Mariana Miranda, Olivier Muller, Fouad Nafili, Julia Rubies Subiros et Will Guthrie. Le spectacle est en tournée à partir d’aujourd’hui / Durée : 1 heure.
Pareil du côté du Festival « Off », une riche offre de danse est proposée. De nombreuses compagnies présentent des créations de danse contemporaine, comme « Nombril » au Théâtre La Luna, « Isicathulo » à L’Entrepôt – Cie Mises en Scène ou Macéra à l’Espace Alya.
Et à l’Espace Alya, Francofil a vu de beaux FRAGMENT(S) de la « Jacksonienne » Jade Janisset
C’est également la première fois que la danseuse et chorégraphe française de danse contemporaine Jade Janisset et sa Cie C-Jay Art se produisent au Festival d’ Avignon.
Et pour « Le premier soir de leur premier Off d’Avignon, ils ont fait complet et ont eu droit à une standing ovation du public ! « dixit Le Dauphiné Libéré, le grand quotidien de la région.
« L’idée de Fragment(S) à germé le 18 mai 2024, à New York, au coin de Park Avenue et de la 38e rue » se souvient Jade. A l’occasion du vernissage de l’exposition intégrant la nouvelle sculpture Voyage à New York de Bruno Catalano, artiste marseillais, auteur d’une série en bronze Les Voyageurs aux corps déchirés, éventrés, fragmentés (en 2004 lors d’un accident de coulée dans son atelier, une brèche se crée dans ses Voyageurs et laisse les corps vides). La danseuse propose alors une performance en extérieur, avec des danseurs/ses du Peridance Center autour de cette nouvelle œuvre et du thème métaphorique « Quand la danse contemporaine et le hip-hop peuvent nourrir une exploration poétique de nos vides intérieurs. »
Inspirée par le travail énigmatique de Bruno Catalano, Jade Janisset nous plonge dans un paysage intime et universel. Un monde où chaque individu est une silhouette fragmentée, une figure en perpétuel devenir. Fragment(S) transcende les frontières de la danse contemporaine, jazz et hip-hop pour raconter une histoire profondément humaine. La sculpture de Catalano, personnage scénique à part entière, est le centre des échanges et discussions mouvantes avec les interprètes. Elle les guide vers une exploration poétique du vide intérieur, soulignant la manière dont les béances humaines sont en réalité comblées par les éléments environnants. À travers des monologues intimes, des dialogues chorégraphiques et des mouvements expressifs, « Fragment(S) » plonge dans les profondeurs de l’humanité, explorant la peine, la tristesse, la solitude et l’impuissance qui habitent nos vies. Tels des voyageurs de l’âme, les danseurs explorent les vides qui façonnent leur propre identité. Chaque mouvement, chaque pose révèle les peines, les espoirs silencieux et les rêves enfouis des personnages. Le vide, loin d’être une absence, se remplit des souvenirs et des aspirations qui résonnent en chacun de nous. On connaissait les Fragments d’un Discours amoureux de Roland Barthes, il faut découvrir les Fragment(S) d’une Danse amoureuse de Jade Janisset.
« Fragment(S) » de Jade Janisset / Chorégraphie : Jade Janisset
avec Ayoub Abekkane, Romane Bigey, Emilie Briaumont, Jade Janisset, Paco Lemoine, Camille Letullier, Inès Saidani, Oussama Elyousfi-Lemghari
Théâtre de l’Alya à 20h30 (salle A) / 31B Rue Guillaume Puy, 84000 Avignon
Relâche(s) Mercredi 9, 16 et 23 juillet
Crédits photos légendés et en page UNE d’accueil photo tirée du film La Danse de
Frederick Wiseman // France // 2009 // 2h38 //



