#Avignon: Une #balade sur les traces de Frédéric #Mistral avec #Télérama (#TdC#22)

En cette semaine Nobel qui annonce les lauréats des Prix 2025 en Médecine, Physique,  Chimie, Littérature et Paix, nous vous proposons une balade à Avignon dans les pas de Frédéric Mistral (1830-1914), Nobel de Littérature en 1904, né et mort à une vingtaine de kms de la cité papale, écrivain et lexicographe français, figure majeure du renouveau de la langue et de la littérature provençales, surtout connu pour son rôle de premier plan dans le mouvement du Félibrige –Mouvement littéraire et culturel créé en 1854 en Provence, principalement par Frédéric Mistral, Joseph Roumanille et Théodore Aubanel (tous trois poètes, écrivains et imprimeurs  locaux). Structuré comme une véritable Académie, le mouvement est chargé de sauvegarder et promouvoir la langue d’oc (qui inclut le provençal, le languedocien, le gascon, l’auvergnat, le limousin, etc., couvrant ainsi l’ensemble du Midi de la France), d’Illustrer la culture, la civilisation et l’identité des pays d’Oc; et de restaurer la langue provençale et en codifier l’orthographe- et Mistral est donc le premier écrivain à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature pour une œuvre en langue régionale (le provençal, qui est une forme d’occitan), notamment pour son poème Mirèio (Mireille) et son travail pour la philologie provençale /DD.

« Visiter Avignon dans les pas de Frédéric Mistral, une balade au souffle poétique » Par Valérie Lehoux pour Télérama / Publié le 18 mai 2025. Cet article est paru dans l’hebdo culturel français Télérama en mai 2025 et nous remercions la rédaction pour son aimable autorisation.

Des venelles oubliées près des remparts et, à l’ombre du palais des Papes, un hôtel particulier devenu musée… Dans ses murs, la ville garde le souvenir du Prix Nobel de littérature 1904.

L’école Frédéric-Mistral, ancien établissement jésuite fréquenté par le minot de Maillane. Philippe Bar/Avignon Tourisme

Une fois encore, il a pris la « patache », qui tangue sur la route et avance au pas lent du cheval qui la tracte. La vieille hippomobile vient de quitter le village de Maillane, où Frédéric Mistral est né en 1830 (et où il mourra en 1914). Direction Avignon, une quinzaine de kilomètres plus loin. En cette fin de XIXᵉ siècle, la cité est en pleine recomposition. Ses quartiers Nord, longtemps cœur battant de ses activités grâce à la proximité du Rhône, ont perdu de leur effervescence au profit du Sud, où la gare a été construite. Sans doute est-ce d’ailleurs par ce côté-ci que le poète fera son entrée dans la ville, longeant ensuite la très rectiligne rue de la République, bordée de commerces modernes. Une partie des remparts a été démolie pour dégager le nouvel axe, et favoriser l’accès jusqu’au centre. Bien qu’à seulement dix minutes à pied, l’imposant palais des Papes se fait ici oublier.

Frédéric Mistral, écrivain et lexicographe français de langue provençale, ici vers 1900. akg-images

Aujourd’hui, la rue de la République continue d’irriguer Avignon de ses boutiques, et la large percée à travers les murailles frappe les plus attentifs — bien que les tours qui l’encadrent, avec leurs sommets crénelés conçus par Viollet-le-Duc, donnent à l’ensemble des airs médiévaux. Partout ailleurs, les fortifications originelles (classées au patrimoine mondial de l’Unesco) ont été préservées. Frédéric Mistral leur prêtait-il attention, quand il venait à Avignon retrouver ses camarades poètes et écrivains du Félibrige, cette société littéraire qu’il avait créée avec eux en 1854 (et qui existe toujours) pour promouvoir la culture provençale ? Partir sur ses traces au sein même d’Avignon, c’est en tout cas s’extraire des circuits les plus rebattus.

« La Porte des Navigateurs », de Jean-Michel Othoniel, sur le pont d’Avignon. Olivier Tresson/Avignon Tourisme

Rue de la République, donc. À peine aura-t-on commencé à l’emprunter, depuis la porte du même nom, qu’on remarquera sur la droite la large façade baroque d’une ancienne chapelle, devenue le Musée lapidaire. La perpendiculaire qui fait l’angle n’est autre que la rue… Frédéric-Mistral. En la suivant, le promeneur passera sous l’un des plus beaux passages suspendus d’Avignon, qui relie deux bâtiments ayant appartenu aux Jésuites, dont l’ancien collège, aujourd’hui école primaire, baptisée elle aussi… Frédéric-Mistral ! Enfant, il fréquenta l’établissement — son père l’avait envoyé « à la ville » pour étudier.

Les ruelles alentour dessinent un labyrinthe charmant, émaillé de placettes, permettant d’échapper au plus gros de l’effervescence locale et de la chaleur estivale. Et si, rue Pétramale, le pensionnat qui accueillit le futur poète a bel et bien disparu, un jardin public l’a joliment remplacé au milieu des habitations.

En poussant un peu plus loin l’exploration, les plus curieux repéreront encore un joyau Belle Époque : les anciens Bains Pommer, fort prisés au tournant du XXᵉ siècle avec leur décor raffiné, et surtout leur myriade de salles de bains et de douches ; l’histoire locale veut que Mistral s’y soit savonné. Après une longue rénovation, ils ont réouverts au public en juin dernier, reconvertis en Musée des pratiques hygiéniques fin 19è-début 20è siècle.

Mais c’est surtout de l’autre côté de la rue de la République que sa légende s’écrit. Une petite artère, juste en face de la chapelle baroque, mène vite à l’étroite rue de la Bouquerie. Par hasard, on y découvre une plaque, au numéro 30 : une maison où vécut le peintre Nicolas Mignard (1606-1668), et « où Molière donna la comédie en 1655 et 1657 ». À quelques pas, devant le numéro 13, le souvenir de Mistral s’impose à nouveau : ici se trouvait le premier imprimeur de Mirèio, le grand poème épique qui lui valut le Nobel de littérature en 1904.

Ici aussi fut imprimé son journal, L’Aioli, en langue d’oc. Le siège se situait tout près, dans un très bel hôtel particulier, le Palais du Roure (autrement dit : « du chêne »). La famille qui l’habitait soutenait Mistral et ses amis du Félibrige, au point qu’ils en avaient fait leur lieu de rendez-vous avignonnais.
Racheté en 1918 par une amoureuse des lettres fortunée, le palais deviendrait finalement un musée consacré à la culture provençale. Sa propriétaire y avait collecté toutes sortes d’objets liés à la culture provençale. Elle eut même l’idée un peu folle de faire ouvrir le toit pour hisser au grenier, grâce à une grue, une pièce qu’elle jugeait d’exception — et qui constitue encore le clou de la visite : la vieille « patache » dans laquelle Mistral voyageait.

Visiter
1/ Incontournable : la Collection Lambert, qu’abritent deux magnifiques hôtels particuliers du XVIIIᵉ siècle. collectionlambert.com
2/ Cet automne, l’immense Jean-Michel Othoniel s’empare de la ville, disséminant ses œuvres dans dix lieux différents, du palais des Papes au bains Pommer. Jusqu’au 4 janvier 2026. www.avignon-tourisme.com
Se restaurer
1 Le Carré du Palais, dans un bâtiment ancien, offre une certaine créativité culinaire pour une addition pas trop salée. En prime, de l’espace et pas trop de bruit. Menu à partir de 32 €. carredupalais.fr
2 Nettement plus chic et sophistiqué, le Sevin, au pied du palais, propose des plats à la carte, ce qui est rare chez les gastronomiques. Plats entre 48 et 65 €. www.restaurantsevin.fr
Dormir
1 Le Bristol, très joli établissement dans Avignon intra muros, tout près de la célèbre Collection Lambert, propose des chambres autour de 100 €. www.bristol-avignon.com
2 Le Mercure Pont d’Avignon, pour sa localisation, tout près des remparts entre le pont et le palais, sa cour intérieure protégée, la taille des chambres. À partir de 118 € la nuit. Tél. : 04 90 80 93 93. Toutes ces adresses sont conseillées par l’hebdomadaire Télérama.

Crédits Photos: Télérama, Avignon Tourisme /Philippe Bar, Olivier Tresson, Alain Hoequel/Vaucluse Provence