Deux Français figuraient donc parmi les 13 lauréats du cru 2025 des Prix Nobel. Philippe Aghion, Nobel d’économie et Michel Devoret, Nobel de physique. A Stockholm, le chercheur français Michel Devoret a reçu le Nobel pour ses expériences menées au milieu des années 80 aux Etats-Unis, où il vit et travaille toujours, en collaboration avec l’Américain John M. Martinis et le Britannique John Clarke : « Tous trois ont montré qu’un système de taille macroscopique, comme un circuit électrique tenant dans la paume d’une main, peut se comporter selon les lois de la mécanique quantique, alors qu’on les pensait réservées au monde des particules, à l’échelle microscopique ».

La physique est la principale pourvoyeuse de Prix Nobel pour la France qui se place au 4ème rang derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni avec 18 lauréats:
1903 : Henri Becquerel (avec Pierre et Marie Curie) pour la découverte de la radioactivité spontanée.
1903 : Pierre Curie (avec Marie Curie et Henri Becquerel) pour leurs recherches conjointes sur les phénomènes de radiation.
1903 : Marie Curie, née Skłodowska (naturalisée française, avec Pierre Curie et Henri Becquerel). Elle est également lauréate du Prix Nobel de chimie en 1911.
1908 : Gabriel Lippmann pour sa méthode de reproduction photographique des couleurs basée sur le phénomène d’interférence.
1926 : Jean Perrin pour ses travaux sur la structure discontinue de la matière, notamment la détermination de la masse des atomes.
1929 : Louis de Broglie pour sa découverte de la nature ondulatoire des électrons.
1966 : Alfred Kastler pour la mise au point et le développement de méthodes optiques pour l’étude des résonances hertziennes dans les atomes.
1970 : Louis Néel (avec Hannes Alfvén) pour ses travaux fondamentaux et découvertes concernant l’antiferromagnétisme et le ferrimagnétisme.
1997 : Claude Cohen-Tannoudji (avec Steven Chu et William Phillips) pour le développement de méthodes permettant de refroidir et de piéger des atomes avec de la lumière laser.
2007 : Albert Fert (avec Peter Grünberg) pour la découverte de la magnétorésistance géante (GMR).
2012 : Serge Haroche (avec David J. Wineland) pour leurs méthodes expérimentales révolutionnaires permettant la mesure et la manipulation des systèmes quantiques individuels.
2022 : Alain Aspect (avec John F. Clauser et Anton Zeilinger) pour des expériences sur l’intrication des photons, établissant la violation des inégalités de Bell et ouvrant la voie à l’information quantique.
2023 : Pierre Agostini et Anne L’Huillier (avec Ferenc Krausz) pour les méthodes expérimentales qui génèrent des impulsions lumineuses d’attosecondes pour l’étude de la dynamique des électrons dans la matière.
2025 : Michel Devoret (avec John Clarke et John M. Martinis) pour ses travaux en mécanique quantique macroscopique.
La position de la France dans le Top 4 des nations pour le Nobel de Physique témoigne d’une tradition scientifique forte et d’une excellence reconnue. Plusieurs caractéristiques de l’école française de physique expliquent ce succès historique et récent :
1. Une Tradition Historique dans les domaines révolutionnaires
La France a souvent été pionnière dans des domaines qui ont mené directement à des ruptures scientifiques :
Physique Nucléaire et Atomique : Les travaux fondamentaux sur la radioactivité par Henri Becquerel et les Curie au début du XXe siècle (Prix Nobel 1903) ont posé les bases de la physique nucléaire moderne.
Mécanique Quantique : La théorie de la dualité onde-corpuscule de Louis de Broglie (Prix Nobel 1929) a été une étape clé vers la mécanique quantique.
2. L’Excellence dans l’Optique et les Systèmes Quantiques
Une tradition très forte s’est développée autour de la manipulation de la lumière et de la matière à l’échelle la plus fondamentale :
Optique Quantique : Les travaux sur le refroidissement et le piégeage d’atomes par laser (Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel 1997) et, plus récemment, sur la manipulation de systèmes quantiques individuels (Serge Haroche, Prix Nobel 2012) et l’intrication quantique (Alain Aspect, Prix Nobel 2022) placent la France à la pointe de cette recherche, fondamentale pour l’informatique quantique.
Physique Attoseconde : Les découvertes sur la dynamique des électrons grâce à des impulsions lumineuses ultracourtes (Pierre Agostini et Anne L’Huillier, Prix Nobel 2023) sont un autre exemple de cette excellence dans le contrôle de la lumière et de la matière.
3. Un soutien institutionnel fort
Le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) : Un acteur majeur qui finance et soutient la recherche fondamentale dans de nombreux laboratoires universitaires.
Des grands instruments : La France est impliquée dans des infrastructures majeures (comme l’ILL Neutrons, organisme de recherche scientifique), l’ESRF (The European Synchroton), le laser Apollon, ou encore ITER projet expérimental pour la physique des plasmas) qui offrent des outils expérimentaux de classe mondiale.
4. La Formation d’une « École » d’Enseignants-Chercheurs
Comme l’a récemment souligné Michel Devoret, il existe une véritable « école française » de physique, caractérisée par la transmission du savoir et de l’approche critique entre générations de professeurs et d’étudiants, assurant une continuité de l’excellence.
En somme, l’école française de physique combine une histoire riche en découvertes fondamentales avec une concentration stratégique sur la physique quantique, l’optique et la matière condensée contemporaine (avec IA) 
Crédits photos: Fondation Nobel, DR, TT, Reuters