A l’occasion du centenaire de la mort de Claude Monet, nous poursuivons notre promenade à la découverte de ces maisons d’artistes sur les Bords de Seine, fin du 19è, début du 20è. Après Bougival, le berceau de Berthe Morisot et de ses amis impressionnistes, la maison natale de Claude Debussy à Saint-Germain en Laye.
Si Claude Monet est reconnu comme le chef de file du courant impressionniste, Claude Debussy est universellement considéré comme « le père de l’ impressionnisme musical » français. Et même si le compositeur détestait cette étiquette, la relation entre Debussy et le mouvement impressionniste est l’une des plus célèbres de l’histoire des arts.
Les évocations de la nature sont multiples dans son œuvre (par exemple : les Triptyques, La Mer, Nuages, Prélude à l’Après-midi d’un faune …). L’écriture dans ces pages a ceci de particulier qu’elle fait ressentir à l’auditeur l’impression de contempler le paysage décrit (d’où le qualificatif d’ »impressionniste »). On croirait par exemple entendre le bruissement du vent et le ressac dans La Mer, tous ces effets étant rendus par une prodigieuse et novatrice utilisation du timbre des instruments. En atteste cette vidéo de la correspondance entre les touches de couleur de Monet et les textures sonores de Debussy
Claude Debussy est né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye à une vingtaine de kms à l’Ouest de Paris et sa maison natale abrite aujourd’hui son Musée, l’unique musée qui lui est dédié. 
Inscrite à l’inventaire des monuments historiques en 1972 et ouverte au public en 1990, elle expose la vie et les documents musicaux du compositeur. Elle rassemble des objets personnels lui ayant appartenu, des partitions et des documents iconographiques. Des concerts de musique classique y sont donnés dans l’auditorium. Fermé entre 2021 et 2024, le musée a réouvert en juillet 2025 après d’importants travaux de rénovation. Grâce à une nouvelle muséographie, ce lieu emblématique rend hommage à son génie musical et à son héritage impressionniste.
Les visiteurs peuvent ainsi explorer la vie du compositeur, écouter ses œuvres dans une salle sonore immersive, et participer à un programme culturel riche comprenant concerts et ateliers…
Le musée rassemble des objets et des photographies qui permettent de mieux comprendre le processus créatif du compositeur. Il aimait en effet s’entourer d’objets d’origines et de courants artistiques divers qui ont fortement influencé sa musique. Ainsi un panneau en laque du Japon provenant de son hôtel particulier parisien – deux poissons nageant sous un saule – s’est métamorphosé musicalement en Poissons d’or, une pièce pour piano (1907). Ou bien alors Debussy, qui avait la passion des objets et estampes d’Extrême-Orient, souhaita avoir en couverture de sa partition La Vague d’Hokusai, une gravure qui se trouvait dans son cabinet de travail.
Ce lieu emblématique offre une plongée fascinante dans l’univers de Debussy, tout en retraçant une partie de l’histoire et de l’évolution urbaine de la ville, du XVIIe au XIXe siècle. En reconnaissance de cette valeur historique, ses toitures, sa cour et son escalier à balustres du XVIIè ont été inscrits aux Monuments Historiques en 1972. La maison a été labellisé Maisons des Illustres en 2013, une reconnaissance qui souligne son importance dans le patrimoine culturel français.
On connaît le goût de Claude Debussy pour les arts et la peinture en particulier. Un goût aux vastes horizons qui se déploient de la peinture italienne de la Renaissance aux chefs-d’œuvre du Symbolisme et de l’Art Nouveau en passant par les estampes japonaises et l’impressionnisme. Découvrir à quel point musique et peinture se nourrissent l’une l’autre dans son oeuvre est le propos du Coffret Harmonia Mundi paru en février 2018: « Debussy Impressionniste »
Dans un article du 25 janvier 1915, un critique musical saluait l’œuvre de Debussy en la comparant à celle de Claude Monet. Debussy y fut sensible et répondit : “Vous m’honorez grandement en me disant l’élève de Claude Monet, faites-moi la grâce d’y joindre mon affectueuse amitié.”
En posant en 1894 avec Prélude à l’Après-midi d’un faune le premier jalon de la musique moderne, Debussy place d’emblée son œuvre sous le sceau de l’avant-garde musicale. Il est brièvement wagnérien en 1889, puis anticonformiste le reste de sa vie, en rejetant tous les académismes esthétiques. Avec La Mer, il renouvelle la forme symphonique ; avec Pelléas et Mélisande, l’opéra français sort des ornières de la tradition du drame lyrique, tandis qu’il confère à la musique de chambre, avec son quatuor à cordes, des accents impressionnistes inspirés.
Une part importante de son œuvre est pour le piano et utilise une palette sonore particulièrement riche et évocatrice. Claude Debussy laisse l’image d’un créateur original. Son impact sera décisif dans l’histoire de la musique. Hommage vibrant à l’un des plus grands maîtres de la musique impressionniste, cette Maison/Musée est un voyage incontournable dans l’univers de Debussy.
Debussy et les Nordiques
A l’exception de l’Islande qui restera à l’écart de l’influence française, la musique de Claude Debussy s’est progressivement déplacée vers les pays du nord de l’Europe. Avancée lente et modeste si on la compare à celle des compositeurs germaniques et slaves, mais réelle. Bien des apports esthétiques de Claude Debussy ont infiltré la musique européenne au point de les intégrer si intimement qu’il devient difficile de les dépister avec précision.
Au cours du premier quart du 20e siècle, la Norvège ne subit que très modérément l’agitation musicale qui régnait presque partout en Europe. La musique et les compositeurs du pays défendaient une esthétique proche du renouveau national et romantique telle qu’illustrée par des traditionalistes de qualité comme Edvard Grieg, Johan Halvorsen, Christian Sinding, Hjalmar Borgström…
La première présentation d’une musique de Claude Debussy en Norvège eut lieu le 9 décembre 1906 lors d’un concert mémorable entièrement consacré à la musique française, au Théâtre National de Christiania (Oslo). L’orchestre était placé sous la direction de Johan Halvorsen. On y proposa le Prélude à l’après-midi d’un faune, ainsi que Nuages et Fêtes issus des Trois Nocturnes, de Claude Debussy. Les œuvres de Debussy ne furent pas les seules à apparaître pour la première fois puisque la partition de Saint-Saëns et le Carnaval Romain n’avaient jamais été données en Norvège. « Le public norvégien reçut les œuvres avec enthousiasme, et Fêtes dut être répétée, les applaudissements étant conduits par Edvard Grieg lui-même… bien que les critiques s’adonnèrent à de vives disputes… », précisa Léon Vallas dans son ouvrage Claude Debussy : sa vie et ses œuvres. Le concert sera redonné le 7 février suivant. A n’en point douter ces prestations marquèrent une importante première étape dans la conquête norvégienne de la musique française. Lire plus ici
Actualité: A quelques kilomètres de St Germain-en-Laye, sur les Bords de Seine, Chatou, l’Île de Chatou dite l’île des Impressionnistes. C’est là qu’Auguste Renoir, un des peintres les plus importants du groupe impressionniste, a peint entre 1869 et 1884 de nombreux tableaux dont ses « Déjeuner des Canotiers » et « Canotiers à Chatou » (1879),
deux de ses toiles les plus illustres, aujourd’hui propriétés de la National Gallery of Art de Washington, rarement exposées en France. Elles font partie des 60 tableaux présentés à l’Exposition « Renoir et l’amour » qui se tiendra du 17 mars au 19 juillet 2026 au Musée d’Orsay à Paris. Le musée d’Orsay, incontestablement « le » musée impressionniste au monde, présentant, en permanence, la plus grande collection au monde d’œuvres de ce courant artistique né en France dans les années 1860, dans un vaste espace situé au 5e étage d’une ancienne gare.
Crédits photos: Harmonia Mundi, et avec les Offices de Tourisme de Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Terres de Seine et la CCI Versailles-Yvelines/DR et DD.
