#Chatou #Renoir, #Impressionnisme: Le triangle heureux et amoureux ! #BordsdeSeine#5

Après avoir fait un tour à l’exposition Renoir au musée d’Orsay à Paris, vous pourriez aller à Chatou, tout près de St Germain en Laye, à une trentaine de minutes de Paris sur les Bords de Seine. Chatou, l’Ile de Chatou dite l’île des Impressionnistes. C’est là qu’Auguste Renoir, l’un des plus importants peintres du groupe impressionniste avec Claude Monet dont on célèbre, cette année, le centenaire de sa disparition, a peint dans sa jeunesse de nombreux tableaux de 1869 à 1884. Son « Déjeuner des Canotiers » (1879), l’un de ses plus illustres, aujourd’hui propriété de la National Gallery of Art de Washington, est au cœur de la soixantaine de ses toiles exposées au Musée d’Orsay jusqu’au 19 juillet.

C’est donc vers la fin du XIXe siècle, que les peintres impressionnistes, s’intéressent particulièrement à un restaurant situé dans l’île de Chatou, entre les deux bras de la Seine, tenu par Alphonse Fournaise.

Auguste Renoir devient un habitué du Restaurant Maison Fournaise, et c’est ici qu’il y peindra ses plus célèbres toiles de jeunesse de 1869 à 1884. Face à la Seine il développa une technique de touches fragmentées et des combinaisons audacieuses de couleurs pour saisir la lumière et le mouvement de ses paysages et de ses figures.

Pour Renoir et ses compères, la Seine n’était pas qu’un simple cours d’eau, c’était leur atelier à ciel ouvert et le reflet d’une société française en pleine mutation.
Pourquoi la Seine ? Parce que c’est une source inépuisable de « variations lumineuses ». Et puis le fleuve relie Paris (la modernité) à la Normandie (la nature sauvage). Sans les reflets de l’eau de cette région, du fleuve, l’histoire de l’art n’aurait peut-être pas eu le même visage aujourd’hui.

L’impressionnisme: une esthétique de l’eau.
L’Impressionnisme est né de l’obsession de Monet et Renoir pour les « effets éphémères, la capture de l’instant« .  L’eau ne peut pas être peinte de manière statique. Il faut des petites touches de couleurs juxtaposées. La Seine était le miroir parfait pour leurs expériences.

À l’époque, les bords de Seine deviennent le lieu de prédilection des Parisiens pour le loisir (canotage, baignade, guinguettes). C’est la naissance des « dimanches à la campagne ».
La plupart des Impressionnistes y sont passés: Sisley, Pissarro, Caillebotte, Berthe Morisot, Signac, Luce et Bonnard ont tous habité sur les rives de la Seine. Claude Monet quant à lui n’a jamais choisi d’autre résidence. Certains se sont Installés sur les affluents de la Seine, l’Oise comme Vincent Van Gogh et Charles-François Daubigny à Auvers sur Oise ou le Loing comme les Scandinaves Anders Zorn, Peder Severin Kröyer, Frits Thaulow à Grez-sur-Loing, près de Fontainebleau.

yoyomaeght 1 j Série « La Seine »
Pierre-Auguste Renoir, « La Grenouillère », 1869.

2. Auguste Renoir : Le peintre du bonheur
Si Claude Monet se concentrait souvent sur la nature pure et la brume, Renoir, lui, aimait les gens. Pour lui, la Seine était le décor de la joie de vivre : « Il y a suffisamment de laideurs dans le monde sans que nous en rajoutions… L’homme qui se met à peindre doit être un homme joyeux » (Renoir in Le Rire de Renoir. Ed. L’Echoppe)

En 1869, Renoir et Monet peignent côte à côte à La Grenouillère, une guinguette à Croissy-sur-Seine. C’est là que l’esthétique impressionniste s’est véritablement cristallisée : des coups de pinceau vifs pour représenter l’effervescence de la foule et le clapotis de l’eau.
La Maison Fournaise à Chatou : C’était son Quartier Général. C’est là qu’il a peint son chef-d’œuvre, Le Déjeuner des canotiers. On y sent presque la chaleur du soleil et on entend le bruit des verres. « En 1868, j’ai peint beaucoup à la Grenouillère. Il y avait là un restaurant si amusant, le Restaurant Fournaise. C’était une fête perpétuelle, et quel mélange de monde!… On savait encore rire à cette époque!… On avait le temps de vivre et on ne s’en faisait pas faute. » (Renoir, 1880 in Le Rire de Renoir. Ed L’Echoppe)

3. Un style « en plein air »
Avant eux, on peignait dans des ateliers sombres. Grâce à l’invention des tubes de peinture souples, Renoir et ses amis ont pu poser leur chevalet directement sur l’herbe ou sur un ponton.
Ils ont abandonné le noir pour utiliser des ombres colorées (souvent bleues ou violettes).
Ils cherchaient à peindre la « sensation » de la lumière plutôt que la précision photographique.
Renoir disait souvent qu’un tableau devait être « quelque chose de toujours aimable, joyeux et joli« . Pour lui, la Seine était l’incarnation même de cette philosophie.  » C’est en vivant en plein air qu’il est devenu le peintre du plein air » écrit son frère cadet Edmond, journaliste et critique d’art, dans un très beau portrait (Pierre-Auguste Renoir. Ed L’Echoppe)

Auguste Renoir (1841-1919), La Yole, 1875, huile sur toile, 71×92 cm, Londres, The National Gallery, achat, 1982. (THE NATIONAL GALLERY LONDON ALL RIGHTS RESERVED)

 

En 1880, après des voyages en Algérie et en Italie, un séjour dans le sud de la France chez Cézanne, il part avec son frère cadet à Marseille « il tomba amoureux de l’animation du vieux port, de tout le bord de mer et fut extrêmement captivé par la Côte d’Azur…, la Méditerranée…, le jeu de la lumière sous les oliviers et les pins inclinés lui faisaient pousser des cris d’admiration. Le caractère profondément pittoresque de la région le frappa au point qu’il finit par s’installer à Nice, d’où il pouvait plus facilement saisir les montagnes et l’eau… » (Extrait du portrait de Pierre Auguste Renoir par Edmond Renoir, Ed l’Echoppe). C’est là qu’il peint ses Nues et ses Grandes Baigneuses. En 1903, il s’installe avec sa famille à Cagnes-sur-Mer, le climat de la région devant être plus favorable à son état de santé. Après avoir connu plusieurs résidences dans le vieux village, Renoir fait l’acquisition du Domaine des Collettes, où il s’éteint en décembre 1919.

La Grenouillère et Le Déjeuner des Canotiers sont les deux grandes œuvres de la carrière de Renoir : l’une marque la naissance du mouvement, l’autre son apogée.
1. La Grenouillère (1869) – L’acte de naissance

Auguste Renoir: La Grenouillère._Nationalmuseum_Stockholm

Située à Croissy-sur-Seine, la Grenouillère était un établissement de bains et une guinguette très populaire. C’est ici que Renoir et Monet, installés côte à côte, ont inventé la technique impressionniste.
L’anecdote : On appelle l’îlot central le « Camembert ». C’est ce petit ponton circulaire où s’entassaient les baigneurs.
Le style : C’est une peinture rapide, presque une esquisse. Renoir s’intéresse moins aux visages qu’à l’effet global : les reflets de l’eau, les taches de lumière à travers les feuilles, et le mouvement de la foule.
Pourquoi c’est culte?: C’est le moment exact où ils arrêtent de peindre « ce qu’ils savent » (un arbre, une robe) pour peindre « ce qu’ils voient » (des touches de bleu, de blanc, de jaune).
« Renoir souffre aujourd’hui d’être un peu déconsidéré, indique Paul Perrin, commissaire et directeur de la conservation et des collections du Musée d’Orsay. Il suscite moins d’attention de la part des historiens de l’art ou des critiques que d’autres peintres de sa génération. Or, un tableau comme La Grenouillère, que nous a prêté le Nationalmuseum de Stockholm, fait partie intégrante de l’invention de l’impressionnisme . Il n’y a pas que Monet ! »

2. Le Déjeuner des canotiers (1881) – Le triomphe
Peint douze ans plus tard sur la terrasse de la Maison Fournaise à Chatou, ce tableau est une véritable prouesse technique et humaine.
Le casting : Renoir y fait poser tous ses amis. La jeune femme au premier plan à gauche, qui joue avec un petit chien, est Aline Charigot, qui deviendra sa femme. On y voit aussi le peintre Gustave Caillebotte (en bas à droite, en débardeur de canotier).
La composition : Malgré l’aspect « instantané », tout est savamment orchestré. La nappe blanche au premier plan sert de réflecteur de lumière, éclairant les visages par le bas.
La modernité : Le tableau mélange les classes sociales. On y voit des bourgeois en haut-de-forme discuter avec des canotiers en tenue de sport. C’est le portrait idéal de la France de la Belle Époque.

Exceptionnellement présenté à Paris, ce chef-d’œuvre de la Phillips Collection est l’une des pièces maîtresses de la première rétrospective que le musée d’Orsay consacre au maître de l’impressionnisme, quarante ans après son inauguration. Pierre-Auguste Renoir, Le Déjeuner des Canotiers, 1880-1881, huile sur toile, 130,2 × 175,6 cm Washington, The Phillips Collection. Photo Courtesy of The Phillips Collection, Washington, D.C.

Les 2 tableaux sont à voir à l’Exposition Renoir au Musée d’Orsay jusqu’au 19 juillet. Et si La Grenouillère est visible toute l’année au Nationalmuseum de Stockholm, cela fait 20 ans qu’on avait pas montré Le Déjeuner des Canotiers en Europe.
Si vous passez près de Paris, la Maison Fournaise existe toujours à Chatou ! On peut encore déjeuner sur la terrasse exacte où Renoir a peint son tableau. L’ambiance y est restée incroyablement fidèle. Lire plus ici : ce restaurant qui nous transporte dans un chef-d’œuvre du peintre 

Pour marcher dans les pas de Renoir et ressentir l’atmosphère de ses tableaux, vous pouvez faire une magnifique balade entre Chatou et Croissy-sur-Seine, situées à seulement 20 minutes de Paris en RER.
Voici l’itinéraire idéal pour une « journée impressionniste » :
1. L’Île des Impressionnistes (Chatou)

C’est ici que tout commence. C’est le décor exact du Déjeuner des canotiers.
La Maison Fournaise : Vous pouvez déjeuner ou prendre un verre sur la terrasse même où Renoir a peint son chef-d’œuvre. L’ambiance des canotiers y est toujours palpable.
Le Musée Fournaise : Situé juste à côté, il propose actuellement un parcours-spectacle immersif. Vous y rencontrerez Renoir sous forme d’hologramme qui vous racontera ses années de création sur les bords de Seine. 
Horaires : Mercredi au vendredi (10h-12h30 / 14h-18h) et week-end (10h30-13h30 / 14h-18h). Tarif : 9 € (Adulte).

2. Le Chemin des Impressionnistes (Balade à pied)
Depuis la Maison Fournaise, longez la Seine vers Croissy. C’est une promenade très agréable d’environ 3 km.
Le parcours est jalonné de reproductions de tableaux installées exactement là où les peintres ont posé leurs chevalets. Vous pourrez comparer la vue réelle avec la vision de Renoir ou Monet il y a 150 ans.

3. Le Hameau de la Grenouillère (Croissy-sur-Seine)
C’est le lieu de la baignade et du fameux « Camembert » que Renoir a immortalisé en 1869.
Le Musée de la Grenouillère : Situé dans l’Espace Chanorier, ce petit musée associatif est une pépite. Il rassemble des gravures, des objets d’époque et retrace l’histoire de cette guinguette mythique qui était le « Saint-Tropez » du XIXe siècle.
Horaires : Ouvert les samedis et dimanches de 14h30 à 18h. Tarif : 5 €.

4. Pour une expérience complète : La Seine à vélo ou en bateau
À vélo : L’itinéraire fait partie de « La Seine à Vélo ». Vous pouvez continuer vers Bougival pour voir où habitait Berthe Morisot.
En bateau : De mai à septembre, l’Office de Tourisme organise parfois des croisières commentées au départ de Chatou pour voir les paysages depuis le fleuve, comme les canotiers de l’époque.
Conseil pratique :
Prenez le RER A et descendez à la station Rueil-Malmaison (sortie 1) ou Chatou-Croissy. L’Île des Impressionnistes est à moins de 10 minutes à pied.

Du 10 au 20 mai 2026, la Maison de Ventes Bonhams mettra aux enchères à New York 21 tableaux et dessins de Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), inédits sur le marché de l’art.
Intitulée « A Lasting Impression », la vente sera composée d’œuvres conservées pendant plus d’un siècle dans la collection familiale de Gabrielle Renard (1878-1959), modèle et nourrice des enfants Renoir, et n’ont en grande partie, jamais été présentés au public.

Crédits Photos: Musée d’Orsay et les Musées d’origine cités en légende, Sortir à Paris, Les Ed. L’Echoppe; Les Ed. des Falaises, Yoyo Maeght, OT Boucles de Seine, CCI Versailles/Yvelines.