#Giverny, capitale mondiale de l’ #impressionnisme #Bords de Seine#6

Alors que le Musée des impressionnistes, à Giverny, raconte le Monet d’avant les Nymphéas pour le centenaire de la mort du peintre, c’est l’occasion d’aller dans ce célèbre village de l’Eure aux portes de la Normandie, en longeant les prairies au bord de la Seine à 45 minutes en train de Paris. C’est ici que Monet et, à sa suite, toute une école de peintres aux palettes nuancées, Renoir, Manet, Cézanne, Sisley, Pissaro, ont inventé le mouvement pictural le plus célèbre au monde. C’est ici dans sa Maison aux volets verts et son Jardin d’eau que le peintre a vécu jusqu’à son dernier souffle.

©Le Démocrate Vernonnais

Petit mais mondialement connu, le village de Giverny s’apprête à vivre une année 2026 singulière. Les célébrations commémorant le centenaire de la mort de Claude Monet vont rythmer la vie de ce petit bourg posé à flanc de coteaux à quelques encablures de l’Epte et de la Seine. De ce début du printemps (la Maison a réouvert ses portes le 1er avril) au début de l’hiver (Monet est mort le 5 décembre 1926), expositions et autres manifestations apporteront un éclairage parfois traditionnel, parfois plus nouveau, sur la présence du célèbre peintre en ce lieu.

Comme chaque année, les jardiniers se sont appliqués à restituer fidèlement les compositions imaginées par Monet. Pour 2026, l’équipe est revenue au paysage original avec des pelouses autour du bassin aux nymphéas qui permettent également d’offrir une meilleure lecture du jardin d’eau. Les visiteurs pourront suivre le rythme des floraisons, des tulipes printanières aux dahlias de fin d’été.

Alain-Charles Perrot, directeur de la Maison et des Jardins de Claude Monet, à Giverny (Eure) depuis 2024, revient sur l’histoire de la propriété, léguée à l’Académie des Beaux-Arts en 1966 par le fils du peintre, Michel Monet. Il expose les prochains défis de l’Académie (Extrait de l’entretien avec l’amicale autorisation du Journal Le Démocrate Vernonnais).

Alain Charles Perrot, directeur de la maison et des jardins de Claude Monet, à Giverny (Eure) depuis 2024. ©Le Démocrate Vernonnais

« – Après la mort de Claude Monet, que sont devenus sa maison et ses jardins ?
– Blanche Hoschedé, sa belle-fille, y a vécu jusqu’en 1939, lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Étonnamment, la propriété a été épargnée par les Allemands…. Les tableaux de Claude Monet y étaient stockés et la maison était considérée comme abandonnée jusqu’en 1966. Cette année-là, Michel Monet, son fils, a décidé de nous léguer sa maison ainsi que les tableaux qu’elle abritait. Les toiles sont aujourd’hui exposées au musée Marmottan à Paris.
Dès les années 70, Gérald Van der Kemp, membre de l’Académie des Beaux-Arts, conduit la restauration de la maison et des jardins de Claude Monet. Les travaux ont duré une dizaine d’années avant son ouverture au public.
Au départ, il pensait que les jardins seraient ouverts trois jours par semaine et tablait sur une dizaine de visiteurs par jour. Aujourd’hui, Giverny est devenu un pôle touristique majeur en France (le site le plus visité de Normandie après les plages du Débarquement. Plus d’1 million de visiteurs à l’année).
– Vous avez été élu directeur pour cinq ans. Quel avenir imaginez-vous pour les jardins ?
– Cet hiver, nous allons réaliser des travaux de peinture sur la façade. La maison va retrouver sa teinte d’origine, c’est-à-dire rouge brique. Dans le jardin, nous allons recréer les allées d’iris bleus immortalisées dans les toiles de Claude Monet… Elles seront visibles au printemps 2027. Grâce aux factures de l’époque, nous pouvons retrouver un certain nombre d’essences utilisées par le peintre. Certaines d’entre elles n’existent plus, mais aujourd’hui, nous avons beaucoup plus de variétés qu’à l’époque de Monet. Autre grand projet : améliorer le passage entre le bassin aux nymphéas et le jardin. Nous aimerions faire un deuxième tunnel accessible aux personnes à mobilité réduite via un ascenseur.
– Comment allez-vous célébrer le centenaire de la mort de Claude Monet ?
– Nous allons organiser une réunion avec l’Académie des Beaux-Arts le 5 décembre sur la tombe de Claude Monet pour une cérémonie spéciale (il est enterré dans le cimetière qui jouxte l’église toute proche). Nous faisons vivre l’esprit de Claude Monet en permanence en préservant son héritage. Par ailleurs, l’Académie des Beaux-Arts publiera une bande dessinée sur la vie de Claude Monet.

C’est donc en 1883 que Claude Monet s’installe dans le village, dans une maison qu’il loue puis achète en 1890. Il en modifie la forme et réaménage complètement le verger en jardin fleuri. Il fera creuser en 1893, sur un bras de l’Epte, un affluent de la Seine, le bassin aux nénuphars au bord duquel il peindra les « Nymphéas ».

Le Jardin d’eau de Claude Monet – Photo Aurélien Wlachet-Philippe / Paris Normandie

Sa maison, son jardin sont tels qu’ils les a laissés. Ce village normand lui a offert sa nature et inspiré ses plus belles toiles. Et avant les Nymphéas, il y a eu les peupliers, les coquelicots et les Meules.
En ce début des années 1880, le peintre traverse une période de grande précarité financière, tout en maintenant un train de vie bourgeois – cuisinière, tailleurs parisiens – bien au-dessus de ses moyens. Après avoir vécu près du Havre, puis à Ville-d’Avray, Argenteuil, Vétheuil et même Poissy, il cherche un endroit proche de Paris où il se rend chaque mois pour dîner avec ses amis impressionnistes. Il n’est pas exclu qu’il souhaite rester à l’abri des regards indiscrets, puisqu’il vit en concubinage avec Alice Hoschedé, qui n’est ni divorcée, ni veuve. Enfin, il lui faut une grande maison pour y installer cette famille recomposée : lui et ses deux garçons, Alice et ses six enfants. Grand amoureux de la Normandie, qu’il parcourt régulièrement en train, Monet connaît déjà bien ces bords de Seine.
La légende veut qu’il ait aperçu Giverny depuis le train ; plus probablement, il explore méthodiquement la vallée à la recherche d’une maison disponible. « Au début du printemps 1883, il a trouvé le lieu où vivre, raconte Cyrille Sciama, le directeur du musée des impressionnismes Giverny. Alors il va jouer de son charme. Il parle assez bien. Il est bien habillé. Il va aller voir le propriétaire, Louis-Joseph Singeot. À l’époque, Giverny c’est extrêmement rural et Monet, avec son habit de bourgeois, doit en imposer. Et donc Singeot lui fait confiance. Monet ne lui a pas dit qu’il était fauché, bien évidemment. Et il va louer la maison. Et cette maison, il va la louer pendant sept ans, avant de l’acheter. »

Le-jardin-d-eau- Beaux Arts

La Maison de Claude Monet à Giverny est sans doute la maison d’artiste la plus célèbre de France. On y vient d’abord pour voir en vrai les nénuphars et le pont japonais qui ont inspiré les tableaux les plus connus du peintre impressionniste. Outre les magnifiques jardins, l’intérieur de la Maison vaut aussi le détour. Tout est resté à l’identique, fidèle à l’époque avec une décoration aux couleurs de la palette de l’artiste. Y sont exposées des collections de peintures et d’estampes japonaises, dont notamment le fameux mont Fuji d’Hokusai… « L’impressionnisme était alors en plein essor et les impressionnistes collectionnaient tous des estampes japonaises. Celles-ci les inspiraient à utiliser des compositions asymétriques, des perspectives obliques, un espace aplati et, d’une manière générale, à renouveler leur vision : la composition et l’harmonie des couleurs primaient sur la recherche du réalisme ».

De 1885 à la Première Guerre mondiale, Giverny accueillit une colonie d’artistes qui fait du village l’un des lieux de naissance de l’impressionnisme japonais, américain, scandinave….
Plusieurs peintres, notamment américains (Mary Fairchild, Richard Miller, Karl James Anderson, Frederick Frieseke…), s’installent au village. Certains deviennent amis avec Claude Monet. Alors même que le temps des expositions impressionnistes s’achève, les œuvres de Claude Monet, Auguste Renoir, Edgar Degas commencent à intéresser les grands collectionneurs aux États-Unis. En France, les jeunes artistes américains se tournent vers la pratique de la peinture en plein air. Chaque été, ils quittent Paris et les académies pour la campagne, où ils se rassemblent dans des villages comme Barbizon, Grez-sur-Loing, Pont-Aven ou encore Giverny….
Si tout le monde connaît Monet à Giverny, on oublie parfois que la vallée de la Seine a été un véritable pôle d’attraction pour les artistes venus du Grand Nord à la fin du XIXe siècle. Ces peintres scandinaves fuyaient l’académisme rigide de leurs pays pour chercher la « modernité » et, surtout, cette lumière vibrante si particulière aux bords de Seine. Les figures de proue: le Danois Peder Severin Krøyer : avant de devenir le chef de file des « Peintres de Skagen », il a longuement séjourné en France. Il y a appris à maîtriser le pleinairisme, capturant les reflets de l’eau avec une précision quasi photographique; le Norvégien Frits Thaulow : c’est le « spécialiste de l’eau ». Beau-frère de Gauguin, il s’installe à Dieppe puis voyage le long de la Seine. Il est fasciné par le mouvement des courants et les reflets des ponts dans l’eau, comme à Vernon ou Rouen; le Suédois Anders Zorn : probablement le plus célèbre. Il a vécu à Paris et a peint de nombreuses scènes aquatiques. Son style, caractérisé par des coups de pinceau larges et vigoureux, s’est affiné au contact des impressionnistes français.

NB: En Suède, dès l’âge de 6 ans, les enfants connaissent Les Jardins de Monet grâce à l’album et au film « Linnea i Maalarens Trädgaard » (Linnea dans Le Jardin de Monet) de Christina Björk et Lena Anderson Le livre dont est inspiré le film a été publié en 1985. En France, cet ouvrage a été publié sous le titre Le Jardin de Monet en 1987 chez Castermann et a obtenu en 1988 le prix de littérature jeunesse.

Temps fort de l’année, le Festival Normandie Impressionniste 2026 se tient du 29 mai au 27 septembre. Cette édition sera entièrement placée sous le signe de Monet, avec pour fil conducteur le Jardin de Giverny, conçu comme une œuvre totale. Près d’une soixantaine de projets artistiques contemporains investiront musées, paysages et sites patrimoniaux de la région. Le programme ici.  Francofil y reviendra.

Crédit photos: Le Démocrate Verdonnais, Paris-Normandie, Beaux Arts, Fondation Claude Monet