Temps fort de l’année, le Festival Normandie Impressionniste se tient du 29 mai au 27 septembre. Cette 6ème édition est entièrement placée sous le signe de Claude Monet, pour célébrer le centenaire de la mort du peintre, chef de file du mouvement impressionniste, avec pour fil conducteur « Le Jardin de Giverny », conçu comme une œuvre totale. Près d’une soixantaine de projets artistiques contemporains investissent musées, paysages et sites patrimoniaux de la région.
« J’ai souhaité donner la parole aux artistes d’aujourd’hui, confrontés aux mêmes troubles qu’il y a plus de 100 ans. Cette édition tribute sera 100% contemporaine car il y a tant à dire et tant à faire ressentir avec les outils artistiques de notre temps. Nous avons la chance d’avoir une adhésion de certains des plus grands artistes d’aujourd’hui pour délivrer ce message humaniste à un moment où il est rare. » soulignait Philippe Platel, Directeur général et artistique du Festival lors du lancement, fin mai, de ce parcours « contemporain 2026 versus impressionniste 1926″ en Normandie de Rouen à Cherbourg en passant par Vernon, Le Havre, Caen et Honfleur… /DD
« Un possible jardin » : une invitation à repenser notre rapport à la nature
Pour le centenaire de la disparition de Claude Monet, « Normandie impressionniste » a choisi de porter un regard contemporain sur le legs du peintre des Nymphéas. Choisi de raviver le « message » transmis par cet artiste qui a passé la seconde moitié de sa vie à Giverny – soit 43 années, de 1883 à 1926 – à cultiver son jardin. « Monet dans son jardin, c’est lui qui est en première ligne », répondait son ami Georges Clémenceau à ceux qui accusaient le peintre d’être resté reclus chez lui pendant la Première Guerre mondiale, comme indifférent au conflit.
Monet n’a-t-il pas joué, au contraire, à sa façon, le rôle de précurseur de l’écologie en témoignant de l’importance de se reconnecter à la nature, pendant la seconde révolution industrielle marquée par l’émergence de nouvelles sources d’énergie (l’électricité et le pétrole) et l’essor de nouveaux secteurs industriels ?
En nous invitant aussi à une forme de lenteur et de recueillement ? C’est à une promenade bucolique, de Rouen à Cherbourg en passant par Vernon, Le Havre, Caen et Honfleur notamment, à laquelle nous convie Philippe Platel, le directeur général du Festival. Le thème qu’il a défini pour l’édition 2026, « Un possible jardin », semble hésiter entre le sentiment d’une « impossibilité » à trouver une issue aux crises et dérèglements multiformes auxquels nous sommes confrontés, et une invitation à faire un pas de côté dans ce « possible jardin ».
Cette 6e édition, autour de la thématique du jardin, rend hommage à Claude Monet et son jardin de Giverny:
1. Dans les jardins de Sarah Moon : la botanique comme territoire de l’intime
C’est ce pas de côté qu’a réalisé la photographe Sarah Moon (née en 1941) pendant sa résidence qui l’a menée de la Normandie à Guernesey. Aux côtés de ses nouveaux clichés normands, vous découvrirez au Centre photographique de Rouen, un aperçu de ses images en lien avec la botanique, réalisées sur les bords de Loire, à Bagatelle, à Palerme et au Museum d’histoire naturelle. Le jardin est le territoire d’élection de cette artiste qui nous invite à partager des instants heureux et des sensations, puisés dans l’enchevêtrement de ses souvenirs. Un chemin de terre zigzague au milieu des genêts. Une brise légère génère de douces ondulations sur un champ d’avoine.

Vue de l’exposition « Sarah Moon. D’après nature » au Centre photographique Rouen Normandie / Normandie Impressionniste 2026 ©Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Sarah Moon. D’après nature », Centre photographique Rouen Normandie 15, rue de la Chaîne, 76000 Rouen, du 30 mai au 26 septembre 2026
2. À Rouen, Janaina Tschäpe fait vibrer la matière entre végétal et aquatique
C’est à une autre forme de poésie que nous convient les grandes toiles de Janaina Tschäpe (galerie Telmah, Aître Saint-Maclou à Rouen) où l’humain, le végétal et l’aquatique se fondent dans des paysages abstraits et mouvants, nourris de lumière et de phénomènes atmosphériques.
Janaina Tschäpe, the moon is listening (der mond hort zu), 2024
« Janaina Tschäpe. The Story of Fixity », Aître Saint-Maclou 186, rue Martainville, 76000 Rouen, du 29 mai au 27 septembre 2026
3. Ai Weiwei réinvente les Nymphéas de Monet en 650 000 briques de Lego
Cette édition 2026 de Normandie impressionniste est bien évidemment organisée en hommage à Claude Monet disparu il y a cent ans. « En anglais, on appellerait cet hommage un « tribute ». Ce dernier mot, plus rassembleur, représente mieux notre festival, qui réunit une communauté internationale de talents artistiques qui nous racontent ce qu’ils doivent à l’œuvre de Claude Monet », souligne Philippe Platel. Ne manquez pas le « Tribute » – donc – du turbulent Ai Weiwei au peintre des Meules et de la cathédrale de Rouen qui prend la forme d’une installation baptisée Water lilies. Ces deux ensembles de 15 mètres de long, inspirés des Nymphéas du MoMA et composés, chacun, de 650 000 Legos, ont été montrés pour la première fois à Londres au printemps 2024. Ils font forte impression, ici, baignés par la lumière naturelle de la nef du Musée d’art moderne du Havre. L’artiste est parvenu, de manière étonnante, à restituer les vibrations lumineuses des Nymphéas à l’aide de ces minuscules briques colorées. Cette œuvre est aussi un hommage à son père, le poète Ai Qing, qui, après avoir étudié à Paris, rapporta dans ses bagages un livre sur Monet qu’il devra brûler, comme les autres ouvrages de sa bibliothèque, avant de partir pour un long et douloureux exil imposé par la Révolution culturelle.

Vue de « Ai Weiwei. Water Lilies », MuMa – Musée d’art moderne du Havre / Normandie Impressionniste 2026. Courtesy of Ai Weiwei Studio
« Ai Weiwei. Water Lilies », MuMa – Musée d’art moderne André Malraux 2, boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre, du 5 juin au 27 septembre 2026
4. À Boscherville, Ange Leccia fait résonner l’héritage de Monet dans la pierre romane
Hommage à Monet également de la part du plasticien Ange Leccia (né en 1952) qui présente une version remontée de sa vidéo « d’Après Monet » sur les murs de pierres de la salle du chapitre de l’abbaye bénédictine Saint-Georges de Boscherville. L’artiste a gommé la présence du peintre pour ne conserver que les nénuphars, les irisations de l’eau et les vibrations de la lumière.
Ange Leccia (D’) Après Monet , 2020 © ADAGP, Paris 2022
« Ange Leccia. Aller et venir de lumière », Abbaye Saint-Georges de Boscherville 12, route de l’Abbaye, 76840 Saint-Martin-de-Boscherville Du 30 mai au 30 septembre 2026.
5. À Vernon, Lionel Sabatté ressuscite le jardin de Monet avec la boue de ses nymphéas
Le musée Blanche Hoschedé-Monet de Vernon expose, lui, une série de tableaux de Lionel Sabatté (né en 1975), intitulée « La mémoire du limon », spécialement réalisée pour le festival. L’artiste (né en 1975), qui à l’habitude de travailler avec des matériaux hétérogènes marqués par l’usure et la disparition, a récupéré quelques seaux de vase extraits du bassin aux nymphéas de Giverny quand celui-ci a été curé. Il a réalisé des images sérigraphiées sur toile, à l’aide de cette vase séchée qui a été mélangée à de l’encre transparente. Ses grands tableaux oniriques verts-pâles, balançant entre abstraction et figuration, inspirés de photos anciennes du bassin et d’autres datant des années1960, laissent apparaître les ombres légères de personnages, et celles d’arbres, de fleurs et de nymphéas. « Cette poussière de vase permet de réactiver la vie antérieure, l’énergie des étés et des printemps que le lieu a traversé », glisse Lionel Sabatté.
« Lionel Sabatté. Mémoire de limon », musée Blanche Hoschedé-Monet 12, rue du Pont, 27200 Vernon, du 16 mai au 23 décembre 2026
6. À Caen, Diana Scherer fait de la nature une œuvre d’art en constante métamorphose
Certaines propositions de « Normandie impressionniste » témoignent de la force et des étonnantes capacités de résilience du vivant. C’est le cas notamment du projet, fruit d’un processus lent et patient, de Diana Scherer (née en 1971 à Lauingen, en Allemagne) exposé dans l’église romane Saint Nicolas de Caen. Plusieurs de ses œuvres, réalisées à l’aide de systèmes racinaires, tissent une sorte de dentelle naturelle en constante transformation, qui suit un tracé prédéterminé par l’artiste.

Vue de l’exposition « Diana Scherer. The Light in the Nets » à l’église Saint-Nicolas de Caen © Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Diana Scherer. The Light in the Nets », église Saint-Nicolas 23, rue Saint-Nicolas, 14000 Caen, du 29 mai au 27 septembre 2026
7. À Honfleur, Julien des Monstiers peint la mondialisation qui engloutit les océans
Il est question aussi du fragile équilibre écologique entre l’humain et la nature dans les grandes toiles de Julien des Monstiers (né en 1983) à l’honneur au Musée Eugène Boudin d’Honfleur. Celles-ci figurent des fonds marins peuplés de coraux, de coquillages et de pieuvres au milieu desquels reposent quelques vieux pneus usagés. On observe, perchés dans la partie haute de chacune de ces toiles, le va et vient incessant d’immenses porte-conteneurs glissant imperturbablement à la surface des eaux. Des navires qui symbolisent la mondialisation débridée qui contribue à ruiner progressivement les écosystèmes marins.

Vue de l’exposition « Julien des Monstiers. Soleil rose, orange, rouge » au musée Eugène Boudin à Honfleur © Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Julien des Monstiers. Soleil rose, orange, rouge », musée Eugène Boudin, Place Erik Satie, rue de l’Homme de Bois, 14600 Honfleur, du 29 mai au 31 août 2026
8. À Yvetot, Jérémy Liron enferme la nature dans ses jardins de lumière
Ses paysages épurés aux couleurs franches séduisent d’emblée. Jérémy Liron (né en 1980) est sans doute l’un des meilleurs peintres figuratifs de sa génération. Les jardins et les enclos – qui ouvrent ou ferment l’espace – sont le fil rouge de cet accrochage d’une quarantaine d’œuvres.
« Jérémy Liron. Hortus Conclusus », galerie Duchamp 7, rue Percée, 76190 Yvetot, du 6 juin au 31 août 2026
9. De Riopelle à Hiramatsu, quand le jardin de Giverny inspire le monde entier
Qu’ont en commun les peintres Jean Paul Riopelle, Abdallah Benanteur et Reiji Hiramatsu, et les photographes Bernard Plossu, Jorma Puranen et Jean Gaumy ? Tous ont regardé le jardin de Giverny et s’en sont inspirés pour leurs recherches sur l’espace, la couleur et la lumière.
« Claude Monet, des jardins en héritage », Les Franciscaines 145 B, avenue de la République, 14800 Deauville, du 11 juillet au 1er novembre 2026
10. À Giverny, Daniel Buren sème ses rayures dans le jardin de Monet
Célèbre dans le monde entier pour ses rayures colorées de 8,7 cm de large, Daniel Buren (né en 1938) a imaginé une installation inédite en dialogue avec les collections et le jardin du musée, dans le cadre du festival Normandie Impressionniste.
« Daniel Buren. Plantations, travaux in situ, 2026 », musée des impressionnismes Giverny 99, rue Claude Monet, 27620 Giverny, du 17 juillet au 1er novembre 2026
11. Cai Guo-Qiang embrase la Normandie
Maître des explosions et de l’éphémère, l’artiste sino-américain Cai Guo-Qiang investit la Normandie avec une double proposition. À l’abbaye du Mont-Saint-Michel, ses peintures à la poudre à canon — exécutées à Vernon, en dialogue direct avec le jardin de Giverny — dialoguent avec la majesté minérale du monument. Sur les rives de la Seine à Vernon, son spectacle pyrotechnique diurne, présenté lors du weekend d’ouverture du festival, transforme le ciel en toile impressionniste : des fleurs de fumées colorées, lancées par drones, composent un jardin magique et fugace, en écho à l’obsession de Monet pour la lumière et l’instant.

Feu d’artifice diurne organisé par le plasticien chinois Cai Guo-Qiang pour célébrer le week-end d’ouverture du festival Normandie Impressionniste sur les rives de la Seine © Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Cai Guo-Qiang. Radiance of Spring », abbaye du Mont Saint-Michel 50170 Le Mont-Saint-Michel, du 29 mai au 31 août 2026
12. À Rouen, le studio Drift fait éclore un jardin mécanique sous les voûtes d’une église
Pour le festival Normandie impressionniste, le studio Drift (fondé par les artistes Lonneke Gordijn et Ralph Nauta) a imaginé Meadow, une installation de fleurs mécaniques ouvrant leurs pétales lumineux dans une ancienne église évangélique rouverte au public par la ville de Rouen et l’association La Nef.

Vue de « Drift. Meadow, jardin suspendu » à l’église Sainte-Croix-des-Pelletiers à Rouen © Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Drift. Meadow, jardin suspendu », église Sainte-Croix-des-Pelletiers 20-22, rue Sainte-Croix-des-Pelletiers, 76000 Rouen, du 29 mai au 27 septembre 2026
13. Monet au Havre : aux origines d’un génie
C’est au Havre que tout commence. Entre 1845 et 1874, la ville portuaire forge le regard du jeune Claude Monet, lui offrant ses premiers motifs — les falaises de Sainte-Adresse, les lumières mouvantes de l’estuaire — et ses premières amitiés décisives, au premier rang desquelles celle d’Eugène Boudin. À l’occasion du centenaire de la disparition du maître, le MuMa réunit près de quatre-vingts œuvres — peintures, dessins, photographies et archives — pour éclairer d’un jour inédit ces années de formation, souvent éclipsées par la gloire ultérieure des Nymphéas. Un portrait intime et documenté du peintre avant la légende.
« Monet au Havre », MuMa – Musée d’art moderne André Malraux 2, boulevard Clemenceau, 76600 Le Havre, du 5 juin au 27 septembre 2026
14. Mika Ninagawa illumine Rouen de ses couleurs japonaises
Figure majeure de la photographie japonaise contemporaine, Mika Ninagawa investit Rouen avec une double proposition éblouissante. Sur la façade de la cathédrale que Monet immortalisa dans sa célèbre série, elle projette Floraison Sauvage, une création monumentale puisant dans la collection d’estampes japonaises du peintre pour tisser un dialogue entre tradition nippone et modernité pop. À la Roseraie de Grand-Quevilly, son exposition en plein air « Eternity in a Moment » déploie, au cœur des roses, des photographies aux couleurs saturées qui sont la signature de l’artiste. Une célébration lumineuse du dialogue entre Monet et le Japon.

Projection « Cathédrale de lumière » de Mika Ninagawa sur le parvis de la Cathédrale de Rouen © Singuliers Pluriel pour Normandie Impressionniste
« Floraison Sauvage », projection « Cathédrale de lumière » Parvis de la Cathédrale de Rouen 76000 Rouen, du 29 mai au 27 septembre 2026
« Eternity in a Moment », Roseraie de Grand-Quevilly 76120 Grand-Quevilly, du 26 mai au 30 août 2026
« Normandie impressionniste 2026 : Un possible jardin » Du 29 mai au 27 septembre 2026
www.normandie-impressionniste.fr
Crédits photos: Pour page d’accueil : À l’occasion du centenaire de la disparition de Claude Monet, le festival Normandie Impressionniste 2026 réunit, autour du thème « Un possible jardin », quelques-uns des plus grands noms de l’art contemporain international, de Ai Weiwei à Fujiko Nakaya. Courtesy of Ai Weiwei Studio / Et Connaissance des Arts pour le texte et les photos


