Bien que profondément attaché à sa demeure à Giverny dès qu’il s’y installe définitivement en 1883, Claude Monet s’en éloigne régulièrement pour nourrir son inspiration. Jusqu’en 1886, il retourne sur les côtes normandes de son enfance pour peindre les falaises d’Étretat et de Pourville près de Dieppe.
Grâce au développement du chemin de fer, Claude Monet multiplie les expéditions : il découvre la lumière éclatante de la Méditerranée de la Riviera italienne à Bordighera jusqu’à la Côte d’Azur française à Menton, Cap Martin, Monaco, Antibes, les champs de tulipes des Pays-Bas, la sauvagerie des côtes bretonnes à Belle-Île-en-Mer, ou encore l’austérité sombre de la vallée de la Creuse… Plus tard il se rendra à Londres, Madrid, Venise, et à Oslo. En Norvège, il pose son chevalet notamment sur le lac Daeli, au mont Kolsaas, à Kirkerud ou encore à Sandviken où il rapporte au total vingt-huit toiles qu’il ne retravaillera quasiment pas, une fois revenu en France.
Mais c’est en Normandie qu’il revient le plus souvent. C’est ici en Normandie que Monet, né en 1840 à Paris, passe son enfance, et se fait connaitre par des caricatures ou « portraits-charges» pour la presse locale. Là qu’Il rencontre le peintre Eugène Boudin qui lui conseille de « peindre en plein air » et de se former à Paris… Et ses retours en Normandie sont alors fréquents. En 1882, 1886, 1896 et 1897: Pourville, Dieppe, Trouville, Etretat, Fécamp, Honfleur, Le Havre, lui inspirent très exactement 149 toiles disséminées dans le monde entier.
C’est d’ailleurs au Havre en 1872 ou 73 qu’il peint « Impression, soleil levant », considéré comme le premier tableau impressionniste, présenté à Paris en 1874 lors de la première Exposition de la Société Anonyme des Artistes Peintres. Un critique en inventera même le concept d’« Impressionnisme », terme de mépris sous sa plume. « J’avais envoyé une chose faite au Havre, de ma fenêtre, du soleil dans la buée et au premier plan quelques mâts de navire pointant… On me demande le titre pour le catalogue. Ca ne pouvait vraiment pas passer pour une vue du Havre. Je répondis: « Mettez Impression! » On en fit impressionnisme et les plaisanteries s’épanouirent » (Claude Monet).
Claude Monet vient à Dieppe en février 1882 (il peint le port et la falaise ) mais il trouve l’environnement trop « urbain » et s’installe à Pourville, 2 kms plus bas sur la côte. Il y reste jusqu’à mi-avril. Il réside à l’hôtel restaurant « A la renommée des Galettes » dont le propriétaire est Paul Graff et dont il fait un portrait. Puis à la Villa Juliette à l’embouchure de la Vallée de la Scie, petit fleuve côtier qui se jette dans la Manche, qu’il peint également et dont on voit au loin, sur la gauche (tableau ci-dessus), une vieille bâtisse qui porte désormais son nom la Grange Monet. Il revient de juin à septembre avec sa famille et continue de peindre malgré un temps très variable qui l’empêche d’achever certaines des œuvres peintes pendant cette période.
En cette année 1882, il pose aussi son chevalet à Varengeville tout à côté. Il revient sur les mêmes lieux en 1896 de mi-février à avril et en 1897 de mi-janvier à mars . Ce qu’il veut c’est « peindre le réel dans la mobilité de ses lumières changeantes » et cela l’amènera à peindre des séries du même sujet à des moments différents . Les plus célèbres sont La Cathédrale de Rouen, ou bien encore Les Meules.
Guy de Maupassant (Bel Ami, Le Horla) est un écrivain normand, né en 1850 au Château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques, tout près de Pourville, a souvent accompagné Monet dans ses tribulations normandes et notamment à Etretat. Dans son premier grand roman, Une Vie (1883), il décrit les falaises d’Etretat qu’il compare à « deux jambes de la falaise marchant dans la mer » avec la même précision atmosphérique que Monet. Dans un article intitulé La Vie d’un paysagiste (1886), il décrit le peintre comme un véritable « chasseur » d’impressions et a laissé l’un des plus beaux témoignages sur la méthode de travail de Monet: « Je l’ai suivi souvent à la recherche d’impressions. Ce n’était plus un peintre, en vérité, mais un chasseur. Il allait, suivi d’enfants qui portaient ses toiles, cinq ou six toiles représentant le même sujet à des heures diverses et avec des effets différents. » Cette description montre que Maupassant comprenait parfaitement la révolution picturale de l’époque : la capture de l’instant fugace et de la lumière changeante. Tous deux sont fascinés par les variations de la mer, du ciel et de la lumière.
La Normandie a été la terre d’accueil des peintres impressionnistes, tous éblouis par sa lumière incomparable, ses ciels changeants, son eau turquoise, les flots vifs de la Côte d’Albâtre ou les méandres de la Seine.
Chevalet en bandoulière, munis de ces tout nouveaux et ingénieux tubes de peinture, ces peintres de « plein-air » que sont Pissarro, Renoir, Boudin, et Monet, viennent par l’extraordinaire invention du chemin de fer, saisir les nuances des ciels maritimes, observer les effets changeants de la lumière à travers le filtre des nuages, étudier les reflets de l’eau. Ils choisissent plus particulièrement les paysages de la Seine-Maritime tels la Côte d’Albâtre, Etretat, Dieppe, Pourville-sur-Mer, Varengeville sur-mer, le Havre et la Vallée de la Seine comme supports pour leurs recherches picturales.
Comme beaucoup d’autres et notamment les Anglais Alfred Sisley et William Turner, l’Allemand Walter Sickert, le Franco-Danois Camille Pissaro, le Norvégien Peder Severin Kroyer, les Suédois Anders Zorn, Per Ekström ont séjourné en Normandie et ont subi l’influence des peintres impressionnistes contemporains Edgar Degas, Pierre-Auguste Renoir, Edouard Monet, Jacques-Emile Blanche, Claude Monet en tête. Lire ici la trace des peintres suédois Anders Zorn et Per Ekström dans les pas de Monet en Normandie
Bonus : 2 articles de la presse francophone
– « Impression, soleil levant » de Monet : comment un tableau moqué est devenu le symbole d’une révolution artistique (Radio et Télévision belge RTBF)
– «Monet au Havre», retour au temps de la jeunesse insouciante du peintre des «Nymphéas» (Quotidien suisse Le Temps)
Crédits photos: Musées respectifs/DR et DD


