Dans les coins et les recoins pittoresques des Yvelines, de l’Essonne, du Val d’Oise, de la Seine et Marne, Claude Monet, Auguste Renoir, Berthe Morisot, Julia Beck, Anders Zorn et consorts aimaient planter leur chevalet au milieu de la verdure et au bord de l’eau. En cette année 2026, centenaire de la mort de Claude Monet, chef de file du mouvement impressionniste, nous poursuivons notre re/découverte des lieux les plus mythiques de la « peinture en plein air ».
Pour notre série « Impressionnisme, Bords de Seine« , nous avons visité:
– Le plus intime, la Maison de Berthe Morisot à Bougival, une des rares femmes majeures du mouvement impressionniste.
– Le plus musical, la Maison de Claude Debussy à St Germain-en-Laye , le père de l’ « impressionnisme musical » français.
– Le plus littéraire, la Maison d’Emile Zola à Médan, l’écrivain, premier grand avocat de la « révolution impressionnisme ».
– Le plus fluvial : l’Île des Impressionnistes de Chatou , où se sont rencontrés et ont peints tous les impressionnistes, Monet, Renoir, Pissaro, Sisley…
– Le plus maritime : La Normandie, Le Havre, Etretat, Dieppe et les alentours de la Seine maritime, où a débuté Claude Monet.
– Le plus scandinave : la colonie internationale de Grez-sur-Loing, et particulièrement les peintres de l’Europe du nord.
– Le plus historique et touristique : Après Argenteuil et Vétheuil, Giverny et son Jardin d’eau .Monet y créa ses Nymphéas et y décéda. Capitale mondiale de l’Impressionnisme.: 800 à 900.000 visiteurs par an. Le site le plus fréquenté en Normandie après le Mont St Michel.
Pour ce 10ème épisode nous allons à Auvers-sur-Oise, Yerres et Rolleboise, autres étapes majeures du parcours touristique et culturel consacré à l’impressionnisme autour de Paris, sur les bords de la Seine.
Le plus émouvant: Auvers-sur-Oise (Val d’Oise).
En 1890, Vincent Van Gogh passe les 70 derniers jours de sa vie à Auvers. Il y peint de manière frénétique plus de 70 toiles (Les champs de blé, L’église, le Portrait du Dr Gachet) dans un style post-impressionniste vibrant, tourmenté et très épuré.
L’histoire artistique d’Auvers commence en 1860, lorsque le paysagiste Charles-François Daubigny, précurseur de l’impressionnisme, y amarre son bateau-atelier (le Botin) et s’y installe, bientôt rejoint par d’autres peintres comme Jean-Baptiste Camille Corot, Paul Cézanne et Camille Pissarro, puis Vincent van Gogh, qui y signe de nombreuses toiles en 1890, avant d’y mourir quelques mois plus tard. Dans ce village fleuri où se dresse toujours la Maison du Pendu peinte par Paul Cézanne en 1873, on visite la maison de François Daubigny avant de partir en balade à bord d’une réplique de son bateau. Mais également l’Auberge Ravoux où séjournait Vincent van Gogh (aujourd’hui encore une excellente adresse pour un déjeuner gourmand), l’émouvant cimetière où repose le peintre aux côtés de son frère Théo, le musée Daubigny, le musée de l’Absinthe, la maison du docteur Gachet (médecin et ami de Vincent van Gogh) et le château d’Auvers. À ne pas manquer : les plats raffinés de son restaurant, inspirés de la palette des peintres de plein air. Tout un programme ! (Connaissance des Arts, 2026).
Dans le cadre du centenaire de la mort de Claude Monet (1926–2026), la commune d’Auvers-sur-Oise célèbre le maître de l’impressionnisme aux côtés de Charles-François Daubigny et Vincent van Gogh à travers l’exposition **« Regards croisés sur la nature : Daubigny – Monet – Van Gogh ».
1. **Charles-François Daubigny** est le pionnier venu s’installer à Auvers-sur-Oise, précurseur majeur de la peinture en plein air (*Le Botin*, son bateau-atelier).
2. **Claude Monet** s’est inspiré directement des recherches de Daubigny sur le motif avant d’amener l’impressionnisme à son apogée.
3. **Vincent van Gogh**, qui a fini ses jours à Auvers-sur-Oise en 1890, vouait une grande admiration à Daubigny et aux travaux impressionnistes sur la nature.
Le plus bourgeois : le domaine de Gustave Caillebotte à Yerres (Essonne)
Le collectionneur et peintre Caillebotte était un mécène fortuné qui soutenait et achetait les toiles des peintres impressionnistes de la première heure (Monet, Renoir, Pissarro, Cézanne). Entre 1860 et 1879, Caillebotte passe ses étés dans la propriété familiale de Yerres. Ce cadre bourgeois et verdoyant lui inspire près de 80 toiles représentant la villégiature, le canotage sur la rivière et la vie de famille calme. C’est le reflet de l’impressionnisme du quotidien moderne et aisé. Aucun lieu n’a autant inspiré Gustave Caillebotte que sa luxueuse propriété yerroise à 45 minutes de Paris.
Désormais ouverts au public, sa villa (dont l’intérieur a été soigneusement reconstitué) et son parc de onze hectares comprenant une orangerie, un kiosque oriental et un chalet suisse lui inspirent, entre 1875 et 1878, près de 90 toiles sereines et hors du temps, parmi lesquelles Les Jardiniers, Le Jardin potager, Périssoires sur l’Yerres et Le Parc à Yerres. Les bords arborés de la rivière et ses eaux d’un vert lumineux n’ont quasiment pas changé depuis que l’artiste, passionné de nautisme, y a peint pêcheurs, baigneurs en maillot rayé, canotiers et avironneurs naviguant sur leurs périssoires. Pour filer dans leur sillage, le parc propose de charmantes balades en barque ou en canoë. À vos pagaies ! (Connaissance des Arts, 2026).
Dans le cadre du centenaire de la mort de Claude Monet, la Maison Caillebotte consacre son exposition estivale (jusqu’au 18 octobre) au paysage : « LA NATURE N’EST PAS UN DECOR – Paysages, de Monet aux artistes contemporains » qui s’emploie à faire dialoguer des œuvres de Monet et celles d’artistes contemporains comme Jacques Truphemus, Youcef Korichi, Erik Desmazieres ou Malgorzata Paszko.
Le plus vagabond: Terres de Seine, la Vallée de Rolleboise, Bennecourt, La Roche-Guyon, Mantes La Jolie…
La vallée de la Seine, et plus particulièrement la Boucle autour de Rolleboise, a été une source d’inspiration majeure pour les peintres impressionnistes et néo-impressionnistes, séduits par les reflets changeants de l’eau, les falaises de craie et la lumière si particulière de la région.
Voici les principaux artistes et les lieux incontournables qui témoignent de cette effervescence artistique à Rolleboise et dans ses environs :
Rolleboise
Rolleboise est intimement liée au peintre néo-impressionniste Maximilien Luce, qui y a trouvé un véritable havre de paix à partir de 1917 jusqu’à sa mort en 1941.
Séduit par le calme et la beauté sauvage des bords de Seine, il y acquiert une maison en 1922 au pied de l’église, d’où il domine toute la vallée. C’est ici, au contact de son voisin et ami Claude Monet (établi à Giverny), qu’il redécouvre le plaisir de peindre sur le motif, capturant la douceur de vivre locale et le travail des ouvriers du fleuve.
Peintre paysagiste de style impressionniste, il a immortalisé le village à travers de nombreuses toiles comme ici Rolleboise, la baignade dans le petit bras de la Seine ou des vues de sa propre maison. Frédéric Luce : Le fils de Maximilien a marché dans les pas de son père en peignant les paysages fluviaux de Rolleboise jusque dans les années 1950.
Au début du XXe siècle, d’autres peintres de renom s’y installent, tels qu’Alfred Veillet, Jean Texcier, ou encore les artistes américains Rosso et Daniel Ridgway Knight. Bien avant eux, Camille Corot et William Turner y avaient déjà réalisé des croquis de passage.
Bennecourt
Située juste en face de Rolleboise, sur la rive droite de la Seine, la commune de Bennecourt (et son hameau de Gloton) a été un lieu de villégiature et de création incontournable pour les géants de l’impressionnisme bien avant qu’ils ne se fixent définitivement dans la région. L’atmosphère champêtre et l’accès facile par le fleuve attiraient les artistes parisiens en quête de nature préservée.
Avant de s’installer à Giverny, Monet séjourna à Bennecourt et y peignit en 1868 le célèbre tableau La Seine à Bennecourt (mettant en scène sa compagne Camille Doncieux), une œuvre charnière considérée comme l’un des premiers chefs-d’œuvre de l’impressionnisme.
En 1886, Paul Cézanne s’installe à Gloton et y peint plusieurs paysages de la Seine et de l’île de la Lorionne.
Proche ami des peintres, Emile Zola y séjourna régulièrement à l’auberge locale. Son célèbre roman L’Œuvre (dans la série des Rougon-Macquart), qui dépeint la vie des peintres impressionnistes, s’inspire largement de ses souvenirs à Bennecourt.
La Roche-Guyon
Niché contre des falaises de craie abruptes à quelques kilomètres de Rolleboise, le village de La Roche-Guyon a exercé une immense fascination sur les paysagistes du XIXe siècle. Son château médiéval dominant un grand amphithéâtre naturel dessiné par la Seine offrait un panorama dramatique et pittoresque unique que les impressionnistes se sont empressés de capturer.
Pierre-Auguste Renoir y séjourna à plusieurs reprises, notamment en 1887, y peignant de magnifiques paysages lumineux qui captent la végétation luxuriante des coteaux.
Camille Pissarro et Claude Monet ont également posé leur chevalet sur les hauteurs du village pour immortaliser ses falaises et ses ruelles escarpées.
Un sentier culturel Le Chemin des Peintres aménagé permet aujourd’hui de se promener sur les traces de ces maîtres et de comparer leurs tableaux avec les paysages réels.
Pour quiconque s’intéresse aux peintres de Rolleboise, une visite au Musée de l’Hôtel-Dieu à Mantes-la-Jolie est absolument indispensable. Ce musée abrite en effet la plus grande collection publique de France dédiée à l’œuvre de Maximilien Luce, léguée en grande partie par son fils Frédéric. Plusieurs salles retracent l’évolution de l’artiste, depuis ses œuvres pointillistes très colorées et ses représentations engagées du monde ouvrier jusqu’à ses paysages apaisés et lumineux peints à Rolleboise à la fin de sa vie.
Un voyage dans le Mantois : Les tableaux exposés offrent un témoignage historique et poétique précieux sur l’aspect de Rolleboise, de Rosny-sur-Seine et de Mantes au début du XXe siècle. Lire ici une de nos sorties en Terres de Seine dans la Vallée de Rolleboise
À l’occasion du centenaire de la mort de Claude Monet, le territoire des Boucles de la Seine met à l’honneur les liens artistiques entre Claude Monet et Maximilien Luce à Rolleboise et dans la boucle de Bennecourt. « Lumières de la Seine : de Monet à Luce« . (jusqu’au 15 novembre 2026).
Enfin à Paris, trois musées réunissent les collections impressionnistes les plus riches au monde :
Le Musée d’Orsay détient la plus grande collection impressionniste au monde. On y trouve près de 1 100 toiles signées Monet, Renoir, Degas, Pissarro, Cézanne, Sisley ou Manet. Du 30 septembre 2026 au 25 janvier 2027, le musée présente un parcours inédit consacré à Claude Monet dans ses galeries impressionnistes du 5ème étage : une trentaine de tableaux majeurs y sont présentés, mettant en lumière des examens scientifiques et des restaurations récentes menées par le C2RMF (rayons X, infrarouges) pour révéler les secrets d’atelier et l’éclat originel des couleurs de Monet.
Le Musée Marmottan-Monet rassemble le plus important fonds mondial d’œuvres de Claude Monet (dont Impression, soleil levant), ainsi que de nombreuses toiles de Berthe Morisot.
Du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027, le musée présente une exposition exceptionnelle consacrée à l’art du paysage, de 1890 à nos jours. Intitulée « Histoires de paysages, de Monet à Hockney (1890-2026) ».
Le Musée de l’Orangerie célèbre pour ses deux salles ovales abritant le cycle géant des Nymphéas de Monet, complété par la collection Jean Walter et Paul Guillaume (Cézanne, Renoir). Du 30 septembre 2026 au 25 janvier 2027, le musée présente une grande exposition centrée sur le rapport de l’œuvre de Monet au temps… Lire plus ici: « Monet, peindre le temps » .
Crédits photos: Ville de Bougival/Yvelines et avec les Offices de Tourisme de Versailles, Saint-Germain-en-Laye,Terres de Seine, Auvers-sur-Oise, Maison Caillebotte, Fondation Claude Monet et la CCI Versailles-Yvelines/DR et DD.
